Accord entre le Royaume-Uni et le Rwanda : ces autres pays qui "exterlanisent" les demandes d'asile

T.G.
Publié le 19 avril 2022 à 16h41
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Source : JT 20h WE

Pour décourager les demandeurs d'asile, le Premier ministre britannique envisage d'envoyer vers le Rwanda tous les immigrés entrés clandestinement en Grande-Bretagne.
Une mesure inspirée par des précédents, notamment au Danemark et en Australie.

"Notre compassion est peut-être infinie, mais notre capacité à aider des gens ne l'est pas". C'est par ces mots que Boris Johnson a justifié, la semaine dernière, la mesure mise en œuvre par son gouvernement pour décourager les clandestins de fouler le sol britannique. Ces derniers seront en effet envoyés à 6000 km de Londres, directement au Rwanda, qui a conclu un accord avec le Royaume-Uni. Si le dossier suscite la polémique outre-Manche, il ne fait que prendre l'exemple d'autres pays, qui ont déjà décidé "d'externaliser" les demandes d'asile.

Le Danemark sur la même voie

Au Danemark, le Parlement a adopté en juin 2021 un projet de loi permettant d'envoyer les migrants y demandant l’asile dans un pays hors d'Europe faisant office de sous-traitant. Le texte ne s'est pas encore traduit par un accord avec un pays pour concrétiser cette possibilité. Mais l'idée est toujours sur la table et une réunion doit avoir lieu prochainement à ce sujet entre le ministre de l'Intégration social-démocrate et les chefs de partis au Parlement. "Nous sommes toujours en discussions avec le Rwanda, et il n'y a pas encore d'accord pour un partenariat", a déclaré mercredi ce ministre.

La Commission européenne avait critiqué cette loi lors de son adoption, jugeant qu'elle soulevait "des questions fondamentales concernant à la fois l'accès aux procédures d’asile et l'accès effectif à la protection". Mais d'après la fédération d'ONG européennes Ecre pour les droits des réfugiés et exilés, le Danemark n'ayant pas adhéré à certaines règles communautaires, il n'a pas à respecter de "standards minimums" en termes de politique d'asile.

En 2016, un accord Turquie-UE

Le 18 mars 2016 et dans la foulée de la crise migratoire de 2015 lors de laquelle l'Europe avait été débordée par l'arrivée de 1,2 million de personnes fuyant pour beaucoup la guerre en Syrie, l'Union européenne et la Turquie signent un accord controversé visant à stopper l'afflux de migrants vers l'UE. Cet accord prévoit, en échange notamment d'une aide financière, le renvoi vers la Turquie de tous les migrants qui arriveront désormais en Grèce.

En conséquence, le nombre d'arrivées de migrants dans le pays a chuté de façon spectaculaire : de 856.000 en 2015, le nombre de ceux qui ont traversé la mer Égée est tombé à 30.000 en 2017, et à 10.000 à peine en 2020, bien que ce dernier chiffre s'explique en grande partie par l'impact de la pandémie. Face aux critiques, les Européens avaient assuré que l'accord ne violerait pas le droit international, en prévoyant que toute demande d'asile des migrants ferait dans un premier temps l'objet d'un "examen individuel" sur les îles grecques.

L'exemple australien

Depuis 2013, Canberra a relégué les clandestins tentant de gagner ses côtes vers des camps offshore financés sur l'île papouasienne de Manus ou dans le petit État de Nauru plus à l'est, en application d'une politique d'immigration condamnée par les organisations de défense des droits de l'homme. En octobre 2021, l'Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée ont annoncé que leur accord serait abrogé le 31 décembre. Mais l'État de Nauru s'est engagé, en septembre 2021, à continuer d'accepter les demandeurs d'asile d'Australie.

Canberra  a également accepté en mars 2022 l'offre faite il y a près d'une décennie par la Nouvelle-Zélande d'accueillir 450 réfugiés ayant vécu dans les centres de rétention du Pacifique. Cette proposition prévoit que la Nouvelle-Zélande accueille chaque année pendant trois ans 150 réfugiés, tous préalablement sélectionnés par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

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L'Australie avait annoncé en octobre 2018 la fermeture d'un autre camp de rétention pour demandeurs d'asile, situé sur l'île Christmas dans l'Océan Indien, et le transfert de la trentaine de détenus qui s'y trouvaient toujours dans des installations d'Australie continentale. L'établissement a toutefois été rouvert en août 2020, le gouvernement affirmant que les centres situés sur le continent étaient en train de se remplir, faute de pouvoir expulser les clandestins en raison du coronavirus.


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