Des missiles russes ont tué au moins sept personnes à Kharkiv ce jeudi, détruisant également l’imprimerie de la maison d’édition Vivat.
Les maisons d’édition et imprimeries, certaines publiant des écrits d’activistes, sont régulièrement ciblées par les forces russes.
L’ambassade française en Ukraine a réagi en promettant de continuer à soutenir la culture ukrainienne.

La scène est saisissante : les équipes de secours transportent plusieurs cadavres dans des sacs plastiques, au milieu des livres ou journaux brûlés, des bouts de papiers volant au vent. L’imprimerie est en ruine. Ce jeudi 23 mai à Kharkiv, deuxième ville du pays, au moins sept personnes ont été tuées et 20 autres blessées sous les bombes russes. Ces dernières ont touché l’imprimerie Factor, de la maison d’édition Vivat - l’une des plus grandes maisons d’édition généraliste ukrainienne -, comme le précise l’ambassade française en Ukraine. 

Kharkiv, capitale de l’industrie du livre en Ukraine et centre culturel du pays, subit depuis des mois des frappes russes meurtrières sur des zones résidentielles ou des infrastructures civiles. Et le fait qu’une imprimerie ait été visée n’est pas anodin, note Stéphane Siohan, reporter en Ukraine pour plusieurs médias. "La frappe contre une des principales imprimeries du pays est comprise comme un geste signifiant la volonté d'annihiler la personnalité culturelle ukrainienne, incarnée dans le livre, la langue et les idées", écrit-il dans un thread sur X. 

En effet, comme le précise le journaliste, la maison d’édition Vivat a par exemple récemment publié "le journal d’occupation du poète et écrivain - notamment pour les enfants - Volodymyr Vakulenko, arrêté et abattu par les Russes près de Kharkiv en 2022. Un recueil posthume d’une victime de crime de guerre". Une autre écrivaine ukrainienne - Victoria Amelina - avait retrouvé le journal de l’auteur. Mais celle-ci, qui se consacrait à la documentation des crimes de guerre russes, est décédée à 37 ans après avoir été grièvement blessée par une frappe russe à l’été 2022. 

Des stocks entiers de livres et papiers détruits

Avant la guerre, la maison d’édition Vivat, la deuxième du pays, publiait jusqu’à 400 ouvrages par an, à la fois de la littérature pour adultes et jeunesse. Mais en février 2022, au moment de l’offensive russe en Ukraine, la grande majorité des salariés de l’entreprise ont quitté la ville, comme l’indiquait France Culture il y a deux ans.

Alors que l’imprimerie ciblée ce jeudi permettait d’éditer des manuels scolaires, des livres de littérature et pour enfants à travers toute l’Ukraine, des stocks entiers de papiers et d’ouvrages ont disparu et les outils d’impression ont été ruinés, déplore Stéphane Siohan. 

L’ambassade de la France dans le pays a également réagi sur X, se disant "choquée" par ces frappes et la destruction de l’imprimerie, "dont le patron Serhii Polituchy est notre ancien Consul honoraire et grand ami de la France". La diplomatie française assure qu’elle continuera "à soutenir la culture ukrainienne par le programme Livre & Écrit", ajoute-t-elle. 

Néanmoins, face à cette volonté russe de détruire l’identité culturelle du pays, le marché du livre connaît paradoxalement un essor en Ukraine. La maison d’édition d’Oleksandr Savchuk, spécialisée dans les ouvrages littéraires et scientifiques, estime que ses ventes ont augmenté de 50 à 60 % depuis 2022, rapportait au début de l’année le média canadien La Presse. Autre fait notable : la plus grande chaîne de librairies ukrainienne, Ye, a ouvert 20 nouvelles librairies dans le pays, seulement l’an dernier. Un engouement pour la lecture qui s’explique notamment par l’envie des Ukrainiens de comprendre ou faire sens de cette guerre, et de façon plus pragmatique, par les coupures d’électricité régulières qui laissent davantage de temps pour lire.


Louise HUET

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