Pour le troisième jour consécutif, la Chine a mené lundi des exercices militaires de grande envergure autour de Taïwan, pour protester contre une visite aux États-Unis de sa présidente.
Elle affirme avoir tenté de simuler le "bouclage" de l'île, et clore ses opérations "avec succès".
Par ailleurs, un destroyer américain a navigué lundi en mer de Chine méridionale, tandis que Moscou a apporté son soutien à Pékin.

Pékin a poursuivi sa démonstration de force contre Taïwan, se félicitant d'avoir réussi ses opérations. L'armée chinoise a affirmé lundi avoir "achevé avec succès" ses manœuvres militaires ayant visé pendant trois jours l'île autonome, un exercice "d'encerclement total" du territoire de 23 millions d'habitants, revendiqué par les autorités chinoises, qui veulent protester contre une visite de la présidente de l'État insulaire aux États-Unis. Au total, une dizaine de navires de guerre et jusqu'à environ 70 aéronefs ont été mobilisés, des initiatives décriées par Washington mais soutenues par Moscou.

Du 8 au 10 avril, le commandement militaire chinois "a accompli avec succès diverses tâches" de préparation militaire "autour de l'île de Taïwan avec l'exercice 'Joint Sword'", a indiqué l'armée dans un message diffusé sur les réseaux sociaux. Il a "testé de manière approfondie sa capacité de combat" interarmées "en conditions réelles", a-t-il ajouté. Un peu plus tôt ce lundi, l'armée avait déclaré dans un communiqué tenter de simuler un "bouclage" de l'île avec ses essais militaires. Elle a aussi indiqué avoir mobilisé des avions de chasse "transportant des munitions réelles" pour mener des "frappes simulées" près de Taïwan, ainsi que son porte-avions Shandong. 

"Blocus aérien" de l'île

"Plusieurs groupes de chasseurs H-6K transportant des munitions réelles ont effectué plusieurs vagues de frappes simulées sur des cibles importantes de l'île de Taïwan", selon la télévision d'État CCTV, le commandement du théâtre d'opérations Est de l'Armée précisant que le Shandong a également "participé à l'exercice du jour". Plusieurs dizaines d'avions ont été déployés pour appliquer un "blocus aérien" de l'île, a-t-elle ajouté. 

De son côté, le ministère de la Défense taïwanais a annoncé avoir détecté 11 navires de guerre et 59 avions chinois autour de l'île lundi. L'armée chinoise "continue de conduire des exercices militaires autour de Taïwan", a-t-il indiqué, précisant que des avions de combat et des bombardiers figurent parmi les appareils repérés à 10h heure locale (4h à Paris). Durant le weekend, il avait déjà détecté environ 150 bateaux et aéronefs chinois, dont des avions de chasses, des drones, des bombardiers et des engins de transport, et Pékin avait simulé des bombardements ciblés contre l'île. De son côté, le Japon a indiqué avoir fait décoller ces derniers jours des avions de chasse en réponse à ceux ayant décollé et atterri du porte-avions Shandong.

L'objectif de ces démonstrations chinoises d'ampleur : protester contre la rencontre qui s'est tenue mercredi dernier entre sa présidente Tsai Ing-wen et un haut responsable américain, le président de la Chambre des représentants, Kevin McCarthy. "L'indépendance de Taïwan et la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan s'excluent mutuellement", a déclaré lundi Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, jugeant nécessaire de s'"opposer fermement à toute forme de séparatisme pour l'indépendance de Taïwan". Les manœuvres de ce lundi "servent de sérieux avertissements" contre "la collusion entre les forces séparatistes (...) et les forces extérieures", avait déjà lancé un porte-parole de l'armée chinoise, Shi Yi. 

Un destroyer américain en mer de Chine méridionale, Pékin en colère

Dans ce contexte électrique, un destroyer américain, l'USS Milius, a navigué dans des eaux revendiquées par Pékin, dans un secteur de mer de Chine méridionale. "Cette opération de liberté de navigation a respecté les droits, les libertés et les utilisations légales de la mer", a assuré la marine américaine dans un communiqué, précisant que le navire était passé à proximité des îles Spratly. Il a circulé à moins de 12 milles nautiques (22 km) du récif Mischief, revendiqué par la Chine et d'autres pays de la région, a-t-elle ajouté.

Pékin n'a pas tardé à réagir avec virulence. "Le destroyer lance-missiles USS Milius a mené une intrusion illégale dans les eaux adjacentes au récif Meiji dans les îles Nansha de Chine, sans l'approbation du gouvernement chinois", a déclaré Tian Junli, porte-parole du Commandement du théâtre sud de l'armée chinoise, dans un communiqué, ajoutant que l'armée de l'air chinoise "a suivi et effectué une surveillance du navire".

Durant le week-end, les États-Unis avaient appelé Pékin à la "retenue". Samedi, le Département d'État américain a réitéré son appel à "ne pas modifier le statu quo" concernant Taïwan, tandis que le Pentagone a dit, lui, "suivre les événements de près". De son côté, la présidente de l'île Tsai Ing-wen a dénoncé l'"expansionnisme autoritaire" de la Chine et assuré que son territoire "continuerait à travailler avec les États-Unis et d'autres pays (...) pour défendre les valeurs de liberté et de démocratie"

De son côté, le Kremlin a livré un soutien politique explicite à Pékin. "La Chine a le droit souverain de réagir (aux) actions provocatrices" des États-Unis, "notamment en conduisant des manœuvres", a dit à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Le dernier déploiement chinois important autour de l'île avait eu lieu en août dernier : Pékin avait engagé des manœuvres militaires sans précédent autour de Taïwan et tiré des missiles en réponse à une visite sur l'île de la démocrate américaine Nancy Pelosi, alors présidente de la Chambre.


Maëlane LOAËC (avec AFP)

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