Interrogations autour d’un couple russe en Suède arrêté pour espionnage

Publié le 27 novembre 2022 à 14h24
JT Perso

Source : TF1 Info

L’interpellation pour espionnage de deux Russes, domiciliés à Stockholm, a été largement médiatisée.
Leur profil et leurs activités interrogent les enquêteurs, qui ont cependant libéré la femme.
Cette nouvelle affaire pose la question de la vulnérabilité de la Suède face au contre-espionnage.

Le couple, âgé d’une soixantaine d’années, vivait paisiblement depuis 20 ans dans un quartier résidentiel non loin du centre de Stockholm (Suède). Baptisée "opération Spjut", l'arrestation à leur domicile des deux suspects, mardi 22 novembre, a mis fin à cette quiétude. D’origine russe et ayant acquis la nationalité suédoise, ils sont soupçonnés d’espionnage pour le compte de la Russie.

L’homme a été présenté à un juge, vendredi 25 novembre, qui a décidé de son placement en détention provisoire et a détaillé les accusations pesant contre lui : près de dix ans d’"activité illégale de renseignement aggravée" contre la Suède et les États-Unis, en lien avec la direction générale des renseignements russes (GRU). Son épouse, elle, est soupçonnée de complicité et a été relâchée. D’après le procureur, cité par le journal suédois Aftonbladet, il est question dans cette affaire d'espionnage industriel, par le biais d’informations divulguées dans le domaine de l’industrie de l’armement.

Derrière une société, un ancien militaire russe

Du contre-espionnage qui aurait été rendu possible par les activités professionnelles du couple, qui possède plusieurs entreprises en Suède dans les équipements navals et aéronautiques, les ordinateurs et services informatiques, ou encore le développement de programmes et de financement de projets commerciaux. Et comme le révèle Aftonbladet, l’une de ces sociétés était en réalité gérée par un ancien colonel russe du GRU, via une société basée à Chypre. De quoi largement intriguer les enquêteurs, qui avaient déjà perquisitionné le domicile du couple en 2016, dans le cadre d’un simple contrôle fiscal, selon le Dagens Nyheter.

Le média d’investigation Bellingcat a cherché à en savoir plus sur l’entourage des suspects, et notamment leur voisinage… en Russie. Car il s’avère que le couple possède un appartement à Moscou depuis 1999, sans que l’on sache s’il y a vécu. Reste que le profil de certains occupants du même immeuble a de quoi surprendre. Par exemple, l’homme vivant au même étage que les suspects, au bout du couloir, n’est autre que Denis Sergeev, officier du GRU impliqué dans l’affaire de l'empoisonnement de Sergueï Skripal, en mars 2018. Deux autres occupants de l’immeuble sont liés de près au GRU puisqu’ils y ont travaillé ou ont collaboré avec ses services.

Fruit du hasard, cette arrestation médiatisée est intervenue au moment du procès de deux frères d'origine iranienne, soupçonnés des mêmes faits en Suède. Depuis vendredi 25 novembre, un ancien employé des forces armées suédoises et son frère sont jugés pour espionnage au nom de la Russie. Il faut dire que la Suède serait devenue au fil du temps une véritable "cible de l’espionnage russe", d’après un ancien agent de la CIA, Dan Hoffman, interrogé par Aftonbladet.

Cela s’explique, selon le magazine Foreign Policy, par un changement de doctrine au sein des renseignements suédois. Si pendant longtemps, les agences n'ont pas embauché des candidats originaires de pays considérés comme hostiles, de peur qu'ils ne soient trop facilement recrutables par ces États, la pratique s'est assouplie. À la différence d'autres pays de la région, qui continuent d'appliquer cette discrimination à l'embauche. 

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La guerre en Ukraine, qui a changé la donne en Europe, et la candidature de Stockholm à l’Otan pèsent évidemment dans la balance, analyse Libération, qui revient sur le contre-espionnage en Scandinavie - et sur les tentatives des autorités d'endiguer le phénomène. Le GRU, lui, est connu pour avoir mené pendant la Guerre froide une vaste campagne d'espionnage aux quatre coins de l'Europe. Une activité qui se serait poursuivie au-delà de la fin de l'URSS, selon des spécialistes.


Caroline QUEVRAIN

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