La Chine face à une nouvelle flambée de Covid-19

"Si votre enfant était positif, vous étiez séparés" : un Français raconte ses 51 jours de confinement à Shanghai

Virginie Fauroux
Publié le 10 mai 2022 à 18h02
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Face à la flambée des cas de coronavirus, Shanghai est confinée depuis le début du mois d'avril.
Avec, à la clé, des mesures très strictes de plus en plus mal vécues par les habitants.
Un Français, enfermé dans son appartement depuis 51 jours, a accepté de raconter son quotidien, entre privations et débrouille.

Marc* est enfermé dans son appartement du centre de Shanghai depuis 51 jours. Durant toute cette période, vécue comme une éternité, il n'a pu descendre de sa résidence que trois ou quatre fois tout au plus. Sinon, il vit cloitré avec sa femme et ses trois enfants de 1 an, 12 ans et 14 ans. "On n'a pas le droit de bouger", assène ce Français travaillant pour une société locale. La faute à la politique chinoise du "zéro Covid", qui oblige la quasi-totalité des 26 millions d'habitants de cette mégalopole à rester confinés afin de faire face à une grave flambée épidémique. "La ville a complétement fermé du jour au lendemain. Les supermarchés, les banques, le métro sont à l'arrêt. Au départ, ils nous avaient dit que le confinement durerait quatre jours et voilà où on en est aujourd'hui. Dans certaines résidences, les comités de quartier ont même bloqué les ascenseurs pour que personne ne descende", poursuit-il. 

4000 cas sont encore à déplorer, après avoir dépassé les 25.000 fin avril, "mais ça reste encore beaucoup trop pour les autorités", regrette Marc, dont la préoccupation principale au quotidien a longtemps été l'accès à la nourriture. "Les trois premières semaines ont été très dures parce qu'aucune livraison n'était possible. On a d'abord vécu sur nos réserves, notamment 4 kg de pâtes, qui se sont finies très rapidement. Et après, on ne mangeait plus qu'une fois par jour. Essentiellement du riz puisqu'on en avait stocké 30 kg. Sans aucun produit frais, ni viande, ni poisson, ce qui est très dur pour les enfants qui sont en pleine croissance. On a aussi dû se débrouiller sans couches pour le petit dernier", raconte-t-il. 

Aujourd'hui, l'étau se desserre un peu : "Depuis 10 jours, les livraisons marchent mieux, mais on ne peut toujours pas commander par nous-mêmes. C'est le quartier qui s'en occupe, car il faut au minimum 50 à 100 commandes, sinon personne ne livre. De plus, on ne reçoit que de 'la nourriture essentielle', comme ils disent. Ce sont principalement des produits secs et un peu de viande ; cela n'inclut pas l'eau en bouteille, trop lourde à porter, alors qu'ici l'eau du robinet n'est pas potable. Alors, il faut la faire bouillir avant de la boire. Par ailleurs, le gouvernement local nous envoie, une fois par semaine, un panier avec un peu de nourriture, mais ce n'est quasiment rien. La dernière fois, on a eu trois pommes et deux pommes de terre !", détaille ce Français. 

Si quelqu'un est positif, les deux étages au-dessus et en dessous seront placés en quarantaine

Marc, Français expatrié à Shanghai

Autre contrainte : même s'il n'y a aucun cas dans sa résidence, Marc et sa famille sont obligés de faire chaque jour un autotest. Sans compter les 30 tests en 50 jours, effectués par les autorités en bas de sa résidence, de façon erratique, parfois jusqu'à minuit. "C'est là qu'on a peur. Au début du confinement, si vous étiez positif, vous deviez partir dans des camps de quarantaine à 300 km de la maison et si seul votre enfant l'était, vous en étiez séparé. Aujourd'hui, les Chinois ont clarifié la situation : s'il y a un cas dans la famille, tout le monde part, même si vous êtes négatif. Encore mieux, chaque quartier fait plus ou moins sa règle. Du coup, dans ma résidence, si quelqu'un est positif, les deux étages au-dessus et en dessous vont également être placés en quarantaine. Et dans d'autres quartiers, c'est tout l'immeuble qui part", s'inquiète ce Français qui a préféré préparer une valise au cas où.

En attendant, Marc prend son mal en patience et ne se voit pas quitter le pays, même si beaucoup d'expatriés ont pris la décision de partir. "Ma femme est chinoise et le travail est ici", dit-il. Les journées s'égrènent donc au fil du travail et de l'école à distance, même si l'envie de dormir toute la journée prédomine. "On meurt à petits feux parce qu'on n'a plus d'énergie. Depuis 51 jours, je n'ai rien mis d'autre qu'un pyjama, même pour aller faire les tests en bas. Je ne souhaite cette vie à personne. En plus, il fait beau, alors on est tous sur nos balcons", détaille-t-il. 

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Le bout du tunnel est encore loin, semble-t-il, et la sortie de crise sera forcément très encadrée pendant des mois, voire des années. Marc s'attend toutefois à ce que les autorités finissent par desserrer la bride d'ici 15 jours à trois semaines.  "Ils construisent 17.000 petites officines dans la ville où la population devra se faire tester tous les deux jours pour pouvoir aller travailler ou faire ses courses", avance-t-il. Mais il reste pessimiste pour l'avenir. "Même si la ville rouvre, il faudra se faire tester tout le temps. Tant qu'on n'aura pas un vaccin correct, on ne s'en sortira pas", conclut-il, amer.

* Son prénom a été changé


Virginie Fauroux

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