Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Guerre en Ukraine : une désinformation minutieusement organisée dans les écoles russes

M.G
Publié le 5 mars 2022 à 19h07
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Après son invasion de l'Ukraine, Vladimir Poutine a donné des instructions aux enseignants russes quant à la version des faits à enseigner aux enfants.
Ils doivent notamment justifier cette agression par la "liberté de choix pour chacun de déterminer indépendamment son propre avenir", affirme l'ONG Human Rights Watch.

La guerre ne se déroule pas seulement sur les champs de bataille. À l'ère du viral et des réseaux sociaux, l'information et la vérité représentent des armes potentiellement destructrices en temps de guerre. Vladimir Poutine, qui a ordonné, le 24 février, une offensive de grande envergure sur l'Ukraine, l'a bien compris. Outre un renforcement de la censure sur les réseaux sociaux et dans les médias, le président russe a fourni aux enseignants des "informations pour une session d'études sociales", comprendre "désinformation". Ainsi, les professeurs de toutes les classes du pays ont reçu deux pages de textes, qu'ils sont supposés lire à haute voix à leurs élèves. Ces dernières contiennent la version officielle du pouvoir concernant l'agression de l'Ukraine, avertit Human Rights Watch (HRW), une organisation non gouvernementale de défense des droits de l'Homme. 

Officiellement, le Kremlin a approuvé une ligne selon laquelle le conflit qu'il a déclenché au-delà de ses frontières n'est finalement qu'une question de légitime défense. La Russie a envahi l'Ukraine car "notre politique est la liberté, la liberté de choix pour chacun de déterminer indépendamment son propre avenir et l'avenir de ses enfants", indique le document. En outre, il ne s'agit pas officiellement d'un conflit si l'on en croit Moscou. Par conséquent, les enseignants doivent transmettre à leurs élèves la thèse selon laquelle la Russie ne mène qu'une "opération spéciale de maintien de la paix". Celle-ci aurait été décidée pour mettre fin au "cauchemar du génocide" contre des "millions" de Russes des régions de Donetsk et de Lougansk. Les dirigeants russes "n'aiment pas faire la guerre, créer des conflits et succomber aux provocations", ont "fait tout leur possible pour résoudre la situation par des moyens pacifiques et politiques" et ne vont "imposer rien à personne par la force", martèlent encore les autorités. 

"Les dirigeants russes n'aiment pas faire la guerre"

Cette volonté de faire de la propagande auprès des enfants, si elle est avérée, constituerait une énième violation de la charte des Nations unies de la part de la Russie. Selon cette convention, l'éducation doit, en effet, permettre d'apprendre aux enfants à "identifier la désinformation et d'autres formes de contenu biaisé ou faux". Elle doit également les préparer à "assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix... et d'amitié entre tous les peuples". Les États sont donc tenus de garantir aux enfants "l'accès à l'information et aux matériels provenant de sources nationales et internationales diverses", alerte Human Rights Watch.

À noter que les enseignants qui s'expriment contre cette thèse développée par le régime, ou contre la guerre en elle-même, pourraient bien être renvoyés, ou pire. D'autant plus depuis l'approbation à l'unanimité, par le Parlement russe, vendredi 4 mars, d'un projet de loi punissant jusqu'à 15 ans de prison les critiques qui "discréditent" les forces armées russes et la diffusion de "fausses informations" sur la guerre en Ukraine.

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Ce texte a aussi eu pour effet d'interrompre l'activité de nombreux médias étrangers dans le pays, comme la BBC (Royaume-Uni), Rai (Italie), ARD et ZDF (Allemagne) ou encore Radio Canada. Pour ne rien arranger, le Kremlin a ordonné la fermeture de plusieurs médias locaux indépendants, comme TV Rain et la station de radio Echo de Moscou, qui ont rendu compte de l'invasion de l'Ukraine. Plus de 6000 manifestants contre la guerre ont aussi été arrêtés depuis le début du conflit. 


M.G

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