Iran : des manifestants dispersés après la mort d'une jeune femme arrêtée par la police des mœurs

M.L (avec AFP)
Publié le 17 septembre 2022 à 22h57, mis à jour le 20 septembre 2022 à 11h50
JT Perso

Source : TF1 Info

Mahsa Amini, 22 ans, a été arrêtée mardi à Téhéran par une police chargée de faire respecter le port du foulard en public.
Hospitalisée peu après, elle est décédée trois jours plus tard.
Manifestants et militants des droits de l'homme accusent la police de l'avoir tuée.
Une protestation a été dispersée samedi à coup de gaz lacrymogènes.

Ils étaient des centaines à descendre dans la rue pour crier leur colère. Les forces de sécurité iraniennes ont dispersé samedi à coup de gaz lacrymogènes une manifestation dans le nord-ouest du pays après la mort d'une jeune femme arrêtée à Téhéran par la police des mœurs, ont rapporté des médias locaux. Mahsa Amini, 22 ans, était en visite à Téhéran avec sa famille quand elle a été arrêtée mardi par l'unité de police chargée de faire respecter le code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes, dont le port obligatoire du foulard en public. La télévision d'État a annoncé vendredi sa mort après trois jours dans le coma. 

Elle a été inhumée samedi dans sa ville natale de Saghez, dans la province du Kurdistan, selon l'agence de presse Fars. Après ses funérailles, des personnes "ont scandé des slogans en exigeant des enquêtes détaillées sur cette affaire", selon la même source. Les "manifestants se sont ensuite rassemblés devant le bureau du gouverneur" en scandant "d'autres slogans" avant d'être "dispersés par les forces de sécurité qui ont tiré des gaz lacrymogènes"

Sur les réseaux sociaux, où les messages de protestation affluent par milliers, des vidéos montrent des femmes retirer leur foulard et le brandir dans les airs et les manifestants crier "mort au dictateur". Selon plusieurs journalistes, des mouvements de contestation ont gagné plusieurs autres villes iraniennes, dont la capitale Téhéran.

Les policiers nient tout "contact physique" avec la jeune femme

Les protestataires accusent la police d'être responsable de la mort de la jeune femme. La télévision d'État a diffusé vendredi des extraits d'une vidéo montrant une salle, visiblement au commissariat, où l'on peut voir de nombreuses femmes. L'une d'elle, présentée comme Mahsa Amini, se lève pour discuter avec une "instructrice" au sujet de sa tenue vestimentaire, puis elle s'effondre. Dans un autre extrait, le service d'urgence transporte le corps de la femme vers une ambulance. 

La police de Téhéran a confirmé vendredi le décès, affirmant "qu'il n'y avait pas eu de contact physique" entre les agents de police et la jeune femme. Elle aurait "soudainement souffert d'un problème cardiaque" avant d'être "immédiatement transportée à l'hôpital", a-t-elle assuré. La présidence iranienne avait indiqué de son côté que le président Ebrahim Raïssi avait chargé le ministre de l'Intérieur d'enquêter sur cette affaire. Le chef du bureau du médecin légiste de Téhéran a déclaré samedi à la télévision d'État que des enquêtes sur la cause du décès étaient en cours mais qu'elles prendraient trois semaines.

Pour les protestataires, "le gouvernement en Iran est responsable"

De son côté, l'avocat iranien Saïd Dehghan a qualifié sur Twitter la mort de la jeune femme de "meurtre", affirmant qu'elle avait reçu un coup à la tête qui avait provoqué une fracture du crâne. Hadi Ghaemi, le directeur du Centre pour les droits humains en Iran, basé à New York (États-Unis), a décrit ce décès comme une "tragédie qui aurait pu être évitée". "Le gouvernement en Iran est responsable. Elle a été arrêtée en vertu de la loi discriminatoire de l'État sur le voile et est décédée alors qu'elle était dans un centre de détention de l'État", a-t-il ajouté.

"Les circonstances qui ont conduit au décès suspect durant sa détention de la jeune femme de 22 ans Mahsa Amini, dont des accusations de torture et d'autres mauvais traitements, doivent faire l'objet d'une enquête criminelle", a pour sa part réagi l'ONG Amnesty International, estimant que "tous les agents et fonctionnaires responsables doivent répondre de leurs actes". De leur côté, les États-Unis ont jugé ce décès "impardonnable". "Nous continuerons à tenir responsables les dirigeants iraniens pour de telles violations des droits humains", a écrit sur Twitter Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale du président américain Joe Biden.

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La mort de Mahsa Amini survient alors que la controverse enfle sur la conduite la police des moeurs qui patrouille dans les lieux publics pour vérifier l'application de la loi sur le foulard et d'autres règles islamiques. Depuis la Révolution de 1979, la loi impose à toutes les femmes le port d'un voile recouvrant la tête et le cou tout en dissimulant les cheveux. Cependant, ces deux dernières décennies, de plus en plus de femmes à Téhéran et dans d'autres grandes villes laissent des mèches de cheveux, voire plus, dépasser de leur voile.


M.L (avec AFP)

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