Iran : qu'est-ce que la prison d'Evine, lieu de sinistre réputation en proie à des affrontements ?

V. Fauroux
Publié le 16 octobre 2022 à 12h34, mis à jour le 16 octobre 2022 à 13h59

Source : Sujet TF1 Info

La prison d'Evine, en Iran, où le régime incarcère les dissidents politiques, a été samedi soir le théâtre de violences.
Cette enceinte est connue pour infliger des traitements brutaux à ceux qui se retrouvent entre ses murs.

Un mois après le début du mouvement de contestation en Iran, c'est un symbole fort qui s'est retrouvé au cœur des tensions samedi soir. La tristement célèbre prison d'Evine, au nord de Téhéran, a été la proie des flammes lors de ces affrontements qui ont fait quatre morts, selon les autorités judiciaires. "Mais "la situation est complètement sous contrôle et le calme est revenu dans la prison", a assuré quelques heures plus tard un haut responsable de sécurité cité par l'agence officielle Irna, imputant le départ de feu à des "voyous".

Jusqu'à 15.000 prisonniers

D'apparence banale, cette immense maison de détention contraste avec la sinistre réputation qui est la sienne depuis sa construction à l'époque du Chah. Seules marques apparentes de sa vocation : les rouleaux de fil de fer barbelés qui couronnent les hauts murs d'enceinte. Construite sous l'ex-monarque Mohammad Reza Pahlavi dans les années 1970, la prison était celle de la Savak, la police secrète de l'ancien régime, qui y détenait et torturait les opposants politiques. 

Après la révolution islamique de 1979, la prison n'est pas abandonnée. Au contraire, elle ne cesse de voir son importance croître, jusqu'à accueillir 15 000 prisonniers. En théorie, la prison d'Evine sert de lieu de détention seulement pour les inculpés en attente de jugement et donc d'un transfert vers une autre prison. Mais dans les faits, Evine retient des prisonniers qui attendent d'être jugés pendant plusieurs années. Nombre d'entre eux ont d'ailleurs effectué toute leur peine dans cette maison d'arrêt.

Des détenus "sécuritaires"

Le quartier 209, ou section 209, est le plus redoutable de la prison d’Evine. Contrôlés par le ministère du renseignement, les prisonniers sont détenus sous la torture. Le quartier est composé de 10 rangées contenant chacune huit cellules d’isolement. En raison de la surpopulation, jusqu’à 10 personnes sont entassées dans chaque cellule.  En plus de cette séparation complète avec le monde extérieur, y compris les autres prisonniers, ils doivent supporter des conditions de vie difficiles. Les cellules sont très petites, d'environ 1 mètre sur 1,80 mètre, éclairées en permanence. 

Des groupes de défense des droits de l'homme accusent la République islamique d'y détenir des prisonniers politiques. Ce que les autorités démentent avec vigueur. L'Iran dit ne détenir aucun prisonnier politique, mais seulement des détenus "sécuritaires", c'est-à-dire accusés d'atteinte à la sécurité d'État. C'est dans la prison d'Evine que sont emprisonnés plusieurs personnes arrêtées lors du mouvement de contestation ainsi que des étrangers ou binationaux. 

Le chercheur français Roland Marchal y a été incarcéré neuf mois avant sa libération en 2020. Mais l'universitaire franco-iranienne Fariba Adelkhah et l'Américain Siamak Namazi sont toujours détenus à Evine. Tandis que l'humanitaire belge, Olivier Vandecasteele, y est enfermé sans procès depuis février. Le célèbre réalisateur iranien Jafar Panahi, lauréat de plusieurs prix internationaux, et le politicien réformiste Mostafa Tajzadeh se trouveraient, eux aussi, dans cet établissement pénitentiaire. 

Prisonniers politiques "sans défense"

Après les affrontements de la nuit dernière, l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée à Oslo, a déclaré que "la vie de chaque prisonnier politique et de droit commun à Evine est menacée", en affirmant que les autorités avaient fermé les routes menant à la prison afin d'empêcher des manifestants de s'y rendre. "Des prisonniers, y compris des détenus politiques, sont complètement sans défense", a déclaré de son côté Hadi Ghaemi, directeur du Centre pour les droits de l'Homme en Iran (CHRI) basé à New York.

Le groupe de soutien de l'anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah, accusée d'espionnage depuis plus de deux ans, a affirmé avoir eu des nouvelles "rassurantes" sur elle. L'avocat américain de Siamak Namazi a déclaré que ce dernier avait parlé à sa famille et qu'il avait "été transféré dans une zone sécurisée de la prison". L'universitaire australienne Kylie Moore-Gilbert, qui a été détenue à Evine, a déclaré avoir appris des proches des prisonnières politiques qu'elles étaient "toutes en sécurité".  De leurs côtés, les États-Unis ont averti que "l'Iran est pleinement responsable de la sûreté" de ses citoyens "détenus à tort, qui doivent être libérés immédiatement".


V. Fauroux

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