Ex-militants d'extrême gauche réclamés à la France : les "années de plomb", une décennie noire en Italie

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Publié le 30 juin 2022 à 18h40
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Source : Sujet TF1 Info

La justice française s'est opposée mercredi à l'extradition de dix anciens activistes italiens d'extrême gauche.
Ils sont réclamés par Rome pour leur rôle pendant les "années de plomb", une période sombre de l'histoire du pays.

Rattrapés au soir de leur vie pour leurs "années de plomb". Dix militants d'extrême-gauche, âgés aujourd'hui de 61 à 78 ans, ont été réclamés par l'Italie à la France pour des "faits de terrorisme" dans les années 1970-80. La justice française s'est finalement opposée ce mercredi à leur extradition. Cette décision est une "gifle", s'est indigné le responsable politique d'extrême droite italien Matteo Salvini. Un sentiment partagé par de nombreux Italiens, pour lesquels cette période constitue l'une des plus sombres de leur Histoire.

Assassinats, attentats sanglants… Entre 1969 et 1981, la péninsule vit au rythme du terrorisme. L'extrême droite mène alors une "stratégie de la tension", avec des attentats conçus pour justifier un retour vers un régime autoritaire et empêcher toute alternance en faveur du Parti communiste. De l'autre côté, l'extrême gauche, biberonnée à l'anti-fascisme, considère que le PC n'est pas assez radical et aspire à une "transformation révolutionnaire", qui glisse progressivement vers la lutte armée. En particulier sous l'influence des Brigades Rouges (BR)

Près de 400 morts en dix ans

Fondées en 1973 par le sociologue Renato Curcio et prônant l'idéologie marxiste-léniniste, les BR commettent leur première action violente avec la prise en otage du directeur du personnel des usines Fiat en 1973. Le 18 avril 1974, un magistrat de Gênes est enlevé et libéré 35 jours plus tard. Le leader de la Démocratie chrétienne Aldo Moro est enlevé le 16 mars 1978, et retrouvé mort 55 jours plus tard dans le coffre d'une voiture. Les BR blessent ou tuent des dizaines de magistrats, hommes politiques, journalistes ou industriels au cours des années 70.

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Ils ne sont pas les seuls à prôner la violence : l'Italie a compté dans ces années une myriade d'autres groupes terroristes d'extrême gauche, comme Lutte armée pour le communisme, Prolétaires combattants pour le communisme, Prolétaires armés pour le communisme, Parti communiste combattant, etc. Entre 1969 et 1981, le bilan est lourd : près de 400 morts, la moitié due aux attentats (qui blesseront des milliers de personnes), l'autre aux assassinats ciblés de l'ultragauche. 

"Ils n'emporteront que mon cadavre"

Au début des années 1980, la violence retombe peu à peu. En partie car, de l'autre côté des Alpes, le président François Mitterrand fait une promesse : celle de ne pas extrader les activistes renonçant à la lutte armée. Paris va alors compter 300 militants exilés au début des années 80. Parmi eux : dix militants qui, ce mercredi, auraient pu être renvoyés vers l'Italie. Notamment six anciens membres des Brigades Rouges, dont Marina Petrella. 

Cette ex-dirigeante de la "colonne romaine" des BR devait être extradée fin 2008, mais le président Nicolas Sarkozy avait bloqué le décret pour motif de santé. Se laissant mourir, cette assistante sociale, en France depuis 1993, était alors hospitalisée en psychiatrie. "Ils n'emporteront que mon cadavre", avait-elle dit à son mari.


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