La mort d'un Nigérian roué de coups dans l'indifférence générale choque l'Italie

Felicia Sideris
Publié le 1 août 2022 à 13h38
Le passage à tabac d'Alika Ogorchukwu, un Nigérian de 39 ans mort de ses blessures, a été filmé par un témoin, le vendredi 29 juillet, à Civitanova Marche, en Italie

Le passage à tabac d'Alika Ogorchukwu, un Nigérian de 39 ans mort de ses blessures, a été filmé par un témoin, le vendredi 29 juillet, à Civitanova Marche, en Italie

Source : Twitter

Alika Ogorchukwu, un Nigérian de 39 ans, est décédé ce vendredi en Italie après avoir été roué de coup.
Les faits se sont déroulés en pleine journée, dans une rue commerçante de Civitanova Marche.
La vidéo montrant l'indifférence des badauds provoque l'indignation dans le pays.

Quatre minutes de violences en plein jour, au cœur d'une ville qui grouille de promeneurs. Alika Ogorchukwu, un Nigérian de 39 ans, a été frappé à mort ce vendredi 29 juillet en Italie, sous le regard des passants qui filmaient. Mais qui ne l'ont ni aidé, ni sauvé. Une mise à mort qui a secoué la péninsule, en pleine campagne pour les élections législatives du 25 septembre.

Un marchand ambulant jugé trop insistant

Les faits se sont déroulés peu après 14H vendredi, en plein centre de Civitanova Marche, une ville balnéaire de la région des Marches, sur la côte Adriatique. La vidéo enregistrée par des badauds montre un homme blanc plaquant au sol la victime, qui tente de se défendre. Un chien aboie. Une personne demande à l'agresseur d'arrêter, menaçant d'appeler la police. En vain. L'assaillant aurait ensuite saisi la béquille dont le vendeur se servait pour marcher et l'aurait frappé. Il aurait finalement achevé la victime à mains nues. Le temps que les secours arrivent pour tente de réanimer la victime, il était déjà trop tard.

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L'agresseur présumé, Ferlazzo Ambulante, a été immédiatement identifié et appréhendé par les forces de l'ordre. L'homme aurait alors dit aux policiers que le vendeur ambulant avait harcelé sa petite amie, d'après des témoins sur place, cités dans la presse italienne. L'attaque aurait en effet commencé après qu'Alika Ogorchukwu a voulu vendre avec "insistance" des mouchoirs au couple avant de lui demander "de la monnaie". Une version donnée notamment par "Elena", la petite amie du principal suspect. Entendue samedi par les enquêteurs, elle a affirmé que l'homme avec la béquille était "venu vers [eux] et [leur] a demandé de l'argent". "Il m'a attrapé par le bras". Un geste dont la femme explique s'être rapidement dégagée, sans que le vendeur ne soit "ni insistant, ni harcelant". Elle explique ensuite que le couple a repris sa route, avant que Ferlazzo Ambulante ne profite qu'elle rentre dans un magasin pour s'absenter. "Il est resté dehors, mais quand j'ai essayé de l'appeler, il n'était plus là". Selon elle, son petit ami avait souvent des "crises de colère", qui n'allaient cependant jamais jusqu'à "des violences physiques". 

Une victime du racisme ?

Si l'enquête doit encore venir faire la lumière sur les événements, notamment via l'analyse des caméras de vidéosurveillance, les premiers éléments semblent donc écarter la piste de l'attaque raciste. Reste que ce passage à tabac a suscité l'indignation tant elle a eu lieu sous l'indifférence générale. Une apathie qui, selon certains représentants politiques et témoignages sur place, est exacerbée par la xénophobie de la population. Don Vinicio Albanesi, un prêtre local, témoigne ainsi de ce sentiment dans les pages du quotidien La Repubblica. "Nous vivons dans une région méfiante, où les Noirs ne sont acceptés que s'ils font le plus humble des travaux. Nous avons affaire ici à une culture qui méprise toute personne qui n'est pas blanche et locale." Signe de cette défiance, le religieux, également fondateur d'une association qui vient en aide aux réfugiés et personnes handicapées,  regrette que lorsqu'un "prêtre noir dit la messe", certaines personnes l'interpellent "pour se plaindre que cette messe ne soit pas valide, selon eux". Une peur de l'autre qui se retrouve dans les urnes. La région des Marches est dirigée depuis 2020 par Francesco Acquaroli, membre du parti d'extrême droite Frères d'Italie et qui a fait ses débuts au sein du parti néofasciste Mouvement social italien (MSI). 

Or, c'est aussi sur cette xénophobie que surfe l'extrême droite depuis la démission du Premier ministre Mario Draghi, le 21 juillet dernier. Depuis plusieurs semaines, les membres d'une coalition d'extrême droite menée par Fratelli d'Italia font campagne sur les réseaux sociaux en diffusant sans cesse des informations sur des crimes et des viols prétendument commis par de "faux réfugiés" ou des "immigrants illégaux". La lutte contre l'immigration et le renforcement de la sécurité nationale figurent parmi les priorités de cette union, pressentie pour remporter le pouvoir. 

Sur Twitter, Matteo Salvini, qui fait partie de cette coalition, s'est cependant défendu de tout "racisme". Critiquant la "gauche désespérée" qui "instrumentaliserait" le décès d'Alika Ogorchukwu, le patron de la Ligue du Nord assure que son "engagement" est "de rétablir la sécurité dans toutes nos villes". Plus tôt, il avait affirmé que "la sécurité n'a pas de couleur, la sécurité doit redevenir un droit". Une réaction quelque peu pondérée, trahie par celle du représentant local de la Ligue du Nord. Dans la presse, Riccardo Augusto Marchetti a décrit une scène "honteuse", avant d'attaquer l'immigration. "Matteo Salvini était le seul ministre de l'Intérieur à garantir la sécurité du pays en éliminant les débarquements de migrants", a-t-il réagi. 


Felicia Sideris

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