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Trois questions sur la découverte d'un missile et d'un arsenal de guerre dans le milieu de l'ultra-droite italienne

par CASSANDRE AMOUROUX
Publié le 17 juillet 2019 à 18h20
Trois questions sur la découverte d'un missile et d'un arsenal de guerre dans le milieu de l'ultra-droite italienne

Source : AFP Polizia Di Stato

A LA LOUPE- Ce lundi, la police Italienne a mis la main sur un véritable arsenal de guerre chez des militants d'ultra-droite dans le nord du pays. La pièce maîtresse de cette perquisition spectaculaire est un missile de fabrication française en parfait état de marche. Une saisie inédite qui pose plusieurs questions.

Ce lundi la police italienne a découvert un missile après avoir repéré des sympathisants néo-nazis qui semblaient chercher à vendre des armes. Les policiers sont remontés jusqu'à un hangar dans la région du Turin, au sud de Milan. Le butin de l'opération est impressionnant : neuf fusils d'assaut, une mitraillette Scorpion, trois fusils de chasse, sept pistolets, 20 baïonnettes, 306 articles de tir (chargeurs, silencieux, lunettes, etc.), plus de 800 munitions de tous calibres, la cabine de pilotage d'un avion de combat… et un missile fabriqué en France, en parfait état.

Qui sont ces sympathisants néonazis ?

Le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, a annoncé mardi que l'enquête ayant permis la découverte était partie de menaces de mort contre lui. "C'était l'une des nombreuses menaces de mort qui m'arrivent tous les jours et dont je ne parle pas", a-t-il assuré. "Cette fois-ci, elle était détaillée, même si on ne sait jamais si on a affaire à un fou. Les services secrets parlaient d'un groupe ukrainien qui voulait attenter à ma vie."

L’opération, organisée par la police de Turin, visait à l’origine des Italiens impliqués dans la guerre du Donbass, en Ukraine, et ciblait des groupes extrémistes de l'ultra-droite. La guerre du Donbass est le conflit armé entre les mouvements séparatistes pro-russes et le gouvernement ukrainien, qui a débuté en 2014, avant l’annexion de la Crimée par la Russie, et qui se poursuit.

L'enquête a mené les autorités jusqu'à ces trois hommes arrêtés ce lundi : un Suisse de 42 ans propriétaire du hangar dans lequel a été retrouvé le missile, son associé italien de 51 ans et Fabio Del Bergiolo, 50 ans, ancien candidat sur les listes du groupuscule néofasciste Forza Nueva. Ce dernier était également, selon la presse italienne, candidat au sénat de Gallarate, en 2001, et ancien responsable des douanes spécialisé dans la lutte antifraude. En 2003 il a notamment été mis en cause dans une affaire judiciaire d'arnaque à la TVA lorsqu'il travaillait dans un aéroport de Milan.

Comment se sont-ils retrouvés en possession du missile ?

Au lendemain de la découverte dans le nord de l'italie, le Qatar annonce que l'appareil retrouvé avait été autrefois en possession de l'armée qatarie. "Le Qatar coopère actuellement de manière très rapprochée avec les parties concernées, dont l'Italie, pour découvrir les faits, et il est très préoccupé par la manière dont un missile vendu il y a 25 ans s'est retrouvé dans les mains d'une tierce partie non-étatique", a déclaré sur Twitter une porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Lolwah al-Khater.

La porte-parole précise que l'appareil avait été vendu "en 1994 dans le cadre d'une vente de 40 missiles Matra Super 530 à une nation amie qui ne souhaite pas être identifiée à ce stade de l'enquête". 

Que voulaient-ils en faire ?

Le missile est un joli monstre pesant 245 kilos et mesurant 3,54 mètres de long. Au moment de la découverte, il a été jugé "en parfait état de marche" bien que privé de charge explosive. Selon un expert en missiles contacté par l'AFP, il s'agit d'une modernisation du modèle R530 en service depuis 1980, d'une portée de 25 kilomètres. La mise en œuvre d'un tel missile sans avion serait "extrêmement complexe", souligne l'expert.

L'engin était en réalité destiné à la vente. Les autorités ont annoncé avoir trouvé des preuves de négociations. Un des hommes arrêtés a envoyé par messagerie des photos du missile à un possible acheteur. Des médias italiens révèlent qu'il en demandait 470.000 euros. 

Selon un site d'information du pays c'est l'ancien responsable des douanes, Fabio Del Bergiolo, qui était à l'origine de ces échanges transmis sur l'application Whatsapp. Il aurait notamment envoyé : "J'ai un missile air-air de fabrication française à vendre. Etes-vous intéressés ?". Ces messages, accompagnés de photos de l'arme, auraient eu pour destinataire un italien ayant combattu auprès des forces ukrainiennes.

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CASSANDRE AMOUROUX

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