Aujourd'hui âgé de 87 ans, Iwao Hakamada avait été condamné à la peine capitale en 1968 pour un quadruple assassinat.
Un tribunal japonais a ordonné, lundi 13 mars, la révision du procès de cet ancien boxeur professionnel.
Une décision saluée par l'ONG de défense des droits de l'Homme Amnesty International.

C'est sans doute la fin d'un des plus longs feuilletons judiciaires de l'histoire moderne. Un tribunal japonais a ordonné, lundi 13 mars, la révision du procès d'un homme de 87 ans considéré comme le plus ancien condamné à mort au monde, près de 60 ans après sa condamnation pour meurtre. Les avocats d'Iwao Hakamada sont sortis de la Haute cour de Tokyo lundi à l'issue d'une courte audience, brandissant des banderoles réclamant un nouveau procès, tandis que ses soutiens criaient : "Libérez Hakamada, maintenant !". 

"J'ai attendu ce jour pendant 57 ans et il est arrivé", a déclaré, émue, Hideko Hakamada, la sœur du prisonnier, à la sortie du tribunal. "C'est un poids qui a enfin été enlevé de mes épaules", a ajouté la femme de 90 ans, dont le frère a passé plus de quatre décennies dans le couloir de la mort après sa condamnation en 1968 à la peine capitale pour le quadruple assassinat de son patron et de trois membres de la famille de celui-ci. Ancien boxeur professionnel, Iwao Hakamada avait avoué le crime après des semaines d'interrogatoires en détention, avant de se rétracter.

En 2018, nouveau coup de théâtre dans l'affaire

Iwao Hakamada n'avait cessé depuis de clamer son innocence, mais la peine avait été confirmée en 1980. Il avait été relâché en 2014, un tribunal ayant admis des doutes sur sa culpabilité en se basant sur des tests ADN et ayant décidé de lui offrir un nouveau procès. Mais en 2018, nouveau coup de théâtre : sur appel du parquet, la Haute cour de Tokyo a remis en cause la fiabilité des tests ADN et annulé la décision de 2014, sans pour autant qu'Iwao Hakamada soit renvoyé en prison. La Cour suprême japonaise avait ensuite cassé fin 2020 la décision qui empêchait ce dernier d'être de nouveau jugé pour tenter d'obtenir son acquittement, une nouvelle que sa sœur Hideko avait alors accueillie comme un "cadeau de Noël".

Il est clair qu'il existe un doute raisonnable
Le président de la Haute cour de Tokyo, Fumio Daizen

Le dossier de l'accusation s'appuyait en grande partie sur des vêtements ensanglantés, apparus plus d'un an après le crime. Sauf que l'ADN retrouvé n'était pas celui de d'Iwao Hakamada. En outre, si l'on en croit ses soutiens, ces vêtements n'étaient pas à sa taille et les taches de sang étaient trop récentes pour être liées aux meurtres. "Il n'y a pas d'autre preuve que les vêtements permettant d'identifier M. Hakamada comme l'auteur du crime, et il est clair qu'il existe un doute raisonnable" de sa culpabilité, a déclaré lundi le président de la Haute cour de Tokyo, Fumio Daizen, cité par la chaîne de télévision publique NHK.

Ses proches mettent aussi en avant les séquelles psychologiques laissées sur lui par plus de quatre décennies en cellule, à craindre chaque jour son exécution par pendaison. Sa sœur Hideko a expliqué lundi au cours d'une conférence de presse qu'elle n'évoquait jamais les procès avec son frère. "Je lui dis seulement de se rassurer, car nous avons obtenu une bonne décision, a-t-elle dit. "Je dois juste m'assurer que je pourrai voir le nouveau procès commencer", a-t-elle ajouté. Le processus pourrait en effet prendre plusieurs années si un appel spécial est déposé, un système contre lequel protestent les avocats. 

Le Japon est l'un des derniers pays industrialisés et démocratiques, avec les États-Unis, à recourir encore à la peine capitale, à laquelle l'opinion publique nippone est largement favorable. La Fédération japonaise des barreaux s'est félicitée de la décision de lundi, demandant "instamment aux procureurs d'entamer la procédure pour un nouveau procès sans faire appel devant la Cour Suprême". De son côté, l'ONG de défense des droits de l'Homme Amnesty International a salué la décision de lundi comme une "occasion attendue trop longtemps de rendre la justice".


M.D. avec AFP

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