Ce mardi, l’Espagne, l'Irlande et la Norvège vont reconnaître officiellement un Etat palestinien.
Ils espèrent ainsi inciter d’autres nations à en faire de même.
Mais concrètement, quelles conséquences auront ces reconnaissances sur le conflit israélo-palestinien ?
TF1info fait le point.

Ce mardi, Madrid, Dublin et Oslo vont reconnaitre formellement l'État de Palestine, une décision provoquant la fureur d'Israël qui y voit un "prix" décerné au Hamas en pleine guerre dans la bande de Gaza. "La reconnaissance de l'Etat de Palestine est une question de justice pour le peuple palestinien", a insisté lundi à Bruxelles le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, aux côtés de ses homologues irlandais et norvégien.

Annoncée mercredi dernier de façon coordonnée par les Premiers ministres de ces trois pays, cette décision sera effective mardi.

Mais alors, qu’implique cette reconnaissance pour le peuple palestinien et pour les discussions en cours visant à résoudre le conflit ? Concrètement, reconnaître l'État de Palestine ne modifie pas grand-chose sur le terrain. L’acte relève avant tout du geste symbolique et politique. Malgré tout, cette initiative de Madrid, Oslo et Dublin entraîne quelques responsabilités pratiques. "Reconnaître un État implique de renforcer ses relations bilatérales, par exemple d’établir une ambassade ou un consulat, ou encore d’accorder une immunité diplomatique à sa délégation", précise à TF1info Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et président de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient. 

Un message politique très fort

Peu de différence sur le plan immédiat pour les Gazaouis, donc. "Mais au niveau politique, ces pays occidentaux disent enfin, en raison de tout ce qui a pu se passer dans la région, qu’il est nécessaire d’arriver à une solution politique pour mettre fin à cette guerre, en imaginant le jour d’après", ajoute le spécialiste. 

Il s’agit donc d’un outil diplomatique pour mettre en place "la seule réponse possible" au conflit, selon les trois pays : une solution à deux États. La reconnaissance d’un État palestinien est "la pierre angulaire sur laquelle la paix doit être bâtie", a en effet affirmé le Premier ministre irlandais ce mercredi. "Aujourd'hui, nous disons que nous reconnaissons l'État d'Israël, nous reconnaissons son droit à exister en paix et en sécurité dans des frontières reconnues internationalement, et reconnaître l'État de Palestine envoie le message qu'il y a une alternative viable au nihilisme du Hamas", a-t-il encore poursuivi. 

Il s’agit d’un pas en avant très important aujourd'hui pour l’Europe, qui renforce la visibilité du peuple palestinien au coeur de l'espace géopolitique occidental.
Jean-Paul Chagnollaud

Si cette étape de reconnaissance ne devrait pas avoir de conséquence pour la politique menée par le gouvernement israélien de Benyamin Nétanyahou, "le symbole est extrêmement fort au niveau européen", appuie Jean-Paul Chagnollaud. "Il s’agit d’un pas en avant très important aujourd'hui pour l’Europe, puisque ces trois reconnaissances renforcent la visibilité du peuple palestinien au coeur de l’espace géopolitique occidental. Un espace qui leur est d’habitude plutôt hostile, car historiquement allié avec Israël", avance le professeur. Une prise de position qui pourrait aussi faire évoluer le rapport de force palestinien aux Nations unies, et face à Israël. 

"L’unanimisme occidental est fissuré"

En effet, jusqu’ici, dans l’Union européenne - à l’exception de la Hongrie, la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, Chypre et la République tchèque, qui avaient reconnu l’État palestinien en 1988 avant de rejoindre l’Union européenne (UE) - la Suède est la seule a l’avoir fait, en 2014. 

Pour Jean-Paul Chagnollaud, les annonces délivrées par la Norvège, l’Irlande et l’Espagne ce mercredi attestent d’un malaise au niveau européen sur la question israélo-palestinienne. "Elles envoient un message important : l’unanimisme du bloc occidental est fissuré", assure le professeur. Chaque pays est rattrapé par son propre passé et ses particularités internes : une Irlande historiquement sympathique à la cause palestinienne, ou encore une Espagne très ouverte à l’égard du monde arabe, rappelle Jean-Paul Chagnollaud. 

Ces pays ne sont d’ailleurs pas les seuls à avoir considéré cette initiative, et pourraient bien en entraîner d’autres. Le gouvernement slovène a adopté le 9 mai un décret pour la reconnaissance d'un État palestinien, comptant l'envoyer au parlement pour approbation d'ici au 13 juin. La Belgique, Malte ou encore le Canada envisagent également de le faire. 

Et la France ?

Pour l’heure, les deux principaux moteurs de l’UE n’ont pas suivi le mouvement : Paris et Berlin. La réticence de l’Allemagne à reconnaître l’État palestinien s’explique pour des raisons évidentes par son histoire et son passé antisémite, rapporte le chercheur.

Reste le cas de la France. Jean-Paul Chagnollaud pointe du doigt la position "d’eau tiède" et "très paradoxale" de Paris sur cette question. D'un côté, Stéphane Séjourné, le chef de la diplomatie française, a affirmé à l’AFP ce mercredi que la reconnaissance de l’État de Palestine "n'est pas un tabou pour la France" mais que les conditions ne sont pas réunies "à ce jour pour que cette décision ait un impact réel" sur le processus visant la solution à deux États.

Pourtant, d'un autre côté, le 18 avril dernier, la France avait voté en faveur d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui visait à admettre la Palestine comme État membre de plein droit au sein de l’organisation internationale. Cette tentative avait été avortée après le veto de Washington. En 2014 déjà, l’Assemblée nationale avait également adopté une résolution qui invitait le gouvernement à reconnaître l’État palestinien, sans qu’il n’y ait de suite. 

"La France a des positions claires, mais semblent toutefois dans la réserve quand il s'agit de reconnaître l'État palestinien, sans doute en raison de pressions de ses alliés américains ou par peur des réactions de certains partis politiques", décrypte Jean-Paul Chagnollaud. Malgré tout, l'universitaire l’assure : avec le rayonnement international dont jouit la France, la reconnaissance d’un État de Palestine accentuerait largement le poids européen sur la solution à deux États et la place de l’Europe dans les discussions pour résoudre le conflit à Gaza. 


Louise HUET

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