Taïwan : vif regain de tension entre la Chine et les États-Unis

La Chine prête à "se battre jusqu'au bout" si Taïwan déclare son indépendance

Julien Moreau avec AFP
Publié le 12 juin 2022 à 10h21, mis à jour le 2 août 2022 à 14h10
JT Perso

Source : TF1 Info

Les incursions d’avions militaires chinois dans la zone de défense aérienne inquiètent les pays occidentaux.
Le Premier ministre japonais a, lui aussi, lancé un avertissement à la Chine.
Pékin est prêt à déclencher une guerre si Taïwan déclarait son indépendance.

Lloyd Austin, le ministre américain de la défense et Wei Fenghe, son homologue chinois, n’ont pas arrêté de s’écharper à propos de l’indépendance de Taïwan lors du forum de sécurité "Dialogue de Shangri-La" à Singapour. En ouverture du forum, Wei Fenghe a immédiatement fait comprendre, aux dirigeants des pays présents sur place, que Pékin n’hésiterait pas à "déclencher une guerre", si Taïwan venait à déclarer son indépendance.

La Chine a déclaré que cette île de 24 millions d'habitants était l'une de ses provinces historiques qu'elle entendait reprendre par la force si nécessaire. Selon un porte-parole du ministère chinois de la Défense, Wei Fenghe a affirmé, ce vendredi lors d'un entretien avec Lloyd Austin en marge de ce forum : "Si quiconque osait séparer Taïwan de la Chine, l'armée chinoise n'hésiterait pas un instant à déclencher une guerre, quel qu'en soit le prix".

Personne ne devrait jamais sous-estimer la détermination et la capacité des forces armées chinoises à sauvegarder son intégrité territoriale

Wei Fenghe

Le lendemain, le ministre américain de la Défense, Lloyd Austin, a dénoncé l'activité militaire "provocatrice et déstabilisante" de Pékin près de Taïwan : "Nous constatons une coercition croissante de la part de Pékin. Nous avons assisté à une augmentation continue de l'activité militaire provocatrice et déstabilisante près de Taïwan". Les incursions sans précédent d'avions militaires chinois dans la zone de défense aérienne taïwanaise ont fait monter la pression ces derniers mois. 

"Nous allons nous battre à tout prix et nous allons nous battre jusqu'au bout. C'est le seul choix possible pour la Chine", a rétorqué Wei Fenghe, sur un ton offensif, lors du forum de sécurité "Dialogue de Shangri-La" à Singapour. "Ceux qui poursuivent l'indépendance de Taïwan dans le but de diviser la Chine n'arriveront certainement pas à leurs fins", a-t-il déclaré. "Personne ne devrait jamais sous-estimer la détermination et la capacité des forces armées chinoises à sauvegarder son intégrité territoriale". 

Taïwan dénonce les affirmations absurdes de Pékin

Malgré cette provocation assumée, Lloyd Austin a pris le temps de répondre à Wei Fenghe en lui déclarant que Pékin devait "s'abstenir" de toute nouvelle action déstabilisatrice dans cette région, selon le Pentagone. Le ministre de la Défense chinois a exhorté Washington à "cesser de dénigrer et de contenir la Chine (...) à cesser de s'ingérer dans les affaires intérieures de la Chine et à cesser de nuire aux intérêts de la Chine".

Le ministère des Affaires étrangères de Taïwan a réagi samedi en disant rejeter les "affirmations absurdes" de Pékin. Le président américain, Joe Biden, lors d'une visite au Japon le mois dernier, a semblé rompre avec des décennies de politique américaine lorsque, en réponse à une question, il a déclaré que Washington défendrait militairement Taïwan si elle était attaquée par la Chine.

Lire aussi

La Maison Blanche a depuis insisté sur le fait que sa politique d' "ambiguïté stratégique" quant à une éventuelle intervention n'avait pas changé.  Ce différend n'est que le dernier en date entre Washington et Pékin.  La mer de Chine méridionale constitue un autre point chaud majeur dans la région. La Chine revendique la quasi-totalité de cette mer riche en ressources, par laquelle transitent chaque année des milliards de dollars d'échanges maritimes. 

Face aux inquiétudes croissantes suscitées par les tensions entre la Chine et Taiwan, le Premier ministre japonais Fumio Kishida a lancé un avertissement sévère lors du sommet : "L'Ukraine aujourd'hui pourrait être l'Asie de l'Est demain". Le monde doit être "préparé à l'émergence d'une entité qui piétine la paix et la sécurité d'autres pays par la force ou la menace sans respecter les règles", a-t-il déclaré.  Il n'a pas mentionné la Chine par son nom dans son discours, mais a demandé à plusieurs reprises que "l'ordre international fondé sur des règles" soit respecté.


Julien Moreau avec AFP

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info