La Hongrie durcit sa loi sur l'avortement, les eurodéputés dénoncent une "autocratie électorale"

M.G
Publié le 16 septembre 2022 à 12h40
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

L'exécutif hongrois a adopté, lundi 12 septembre, un décret modifiant la législation sur l'IVG dans le pays.
Désormais, les femmes devront "écouter les battements de cœur du fœtus" avant tout avortement.
En réaction, le Parlement européen a adopté un texte qualifiant Budapest de "régime hybride d’autocratie électorale".

La Hongrie poursuit sa dérive liberticide. Dans un décret publié lundi 12 septembre, le pays a modifié une loi datant de 1992 et nettement durci ses règles autour de l'avortement. Toutes les femmes souhaitant effectuer une interruption volontaire de grossesse devront désormais être confrontée "d'une manière clairement identifiable" aux "fonctions vitales" du fœtus. Plus précisément, elles se voient obligées "d'écouter les battements de cœur du fœtus", souligne le média local Index. Cette disposition est entrée en vigueur le 15 septembre. 

Pour justifier cette décision, la députée hongroise Dóra Dúró a affirmé que "la vie commence au moment de la conception" et que celle d'un fœtus est équivalente à celle de n'importe qui d'autre. "Près des deux tiers des Hongrois associent le début de la vie d'un enfant au premier battement de cœur", a de son côté déclaré le ministère de l'Intérieur. 

Stimuler la natalité

C'est la toute première fois que la Hongrie modifie sa législation sur l'avortement, dont les contours ont été dessinés par la loi de 1992. Selon ce texte original, les IVG peuvent être pratiquées au cours des 12 premières semaines de la grossesse pour des raisons médicales. "La nouvelle législation est une extension des politiques antiavortement du gouvernement, visant à stimuler la natalité", a fustigé Noa Nogradi de l'organisation Patent, qui défend les droits des femmes en Hongrie, rapporte Le Point. "En Hongrie, l'avortement est largement accepté dans la société. Statistiquement, deux tiers des Hongrois ne souhaitent pas voir de nouvelles restrictions à l'avortement. Le gouvernement ne peut donc pas interdire la procédure du jour au lendemain. Mais une série de petits pas vers la restriction peut passer plus facilement", explique-t-elle. 

L'adoption de cette mesure a suscité une levée de boucliers au Parlement européen. Réunis en session plénière à Strasbourg ce jeudi, les élus ont adopté un rapport porté par l’eurodéputée écologiste française Gwendoline Delbos-Corfield. Par le biais de ce texte non contraignant, voté par 433 voix pour (123 voix contre, 28 abstentions), l'instance "regrette profondément que l’absence d’action décisive de la part de l’Union ait contribué au délitement de la démocratie, de l’État de droit et des droits fondamentaux en Hongrie". Le texte, qui épingle des défaillances liées à l’État de droit dans douze domaines, dont l’indépendance de la justice, la lutte contre la corruption ou encore le système électoral, va jusqu'à qualifier l’État hongrois de "régime hybride d’autocratie électorale".

Si la Hongrie était candidate aujourd'hui pour rentrer dans l’UE ce ne serait pas possible

Fabienne Keller

"La Hongrie ne peut plus être considérée comme un État démocratique", plaide Gwendoline Delbos-Corfield, estimant que "les choses ont dramatiquement évolué" dans le pays au cours des dernières années. "Si la Hongrie était candidate aujourd'hui pour rentrer dans l’UE ce ne serait pas possible, elle ne remplirait plus les critères d'adhésion, c’est le triste constat du rapport", regrette, de son côté, l’élue (Agir) Fabienne Keller.

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En fin de journée, Budapest a fustigé "une insulte" envers les Hongrois. "Je considère comme insultant envers les Hongrois que l’on questionne la capacité de la Hongrie à la démocratie", a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, s’étonnant que "certains" à Strasbourg et Bruxelles"rabaissent" son pays.

Depuis l'arrivée au pouvoir de Viktor Orban, en 2010, son gouvernement a mis en avant les "valeurs familiales traditionnelles" et multiplié les écarts liberticides. En 2018, le Parlement européen avait déjà déclenché une procédure pour "risque de violation grave des valeurs européennes", sur la base de l'article 7 du traité sur l’Union européenne. Le pays d'Europe centrale est aussi menacé de se voir privé des financements européens. D'ailleurs, la Commission va proposer prochainement aux membres de l'UE de suspendre la majorité des fonds versés à la Hongrie au titre de la politique de cohésion.


M.G

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