Si tôt la livraison de chars à l'Ukraine obtenue, le président Zelensky réclame des avions de chasse à ses alliés.
Une requête qui divise le camp occidental, certains y voyant un flirt dangereux avec la "ligne rouge" de la cobelligérance.
Alors que Londres n'a pas fermé la porte à cette possibilité, Moscou a déjà prévenu de sa "réponse" en cas de livraison d'avions à Kiev.

C'est la délicate limite que l'Occident s'efforce de ne pas franchir dans le conflit. Deux semaines après l'annonce de la livraison de chars occidentaux à l'Ukraine et après des mois de soutien financier et militaire, la "ligne rouge" qui ferait basculer les alliés de Kiev dans le statut de cobelligérants au conflit, est frôlée. En tournée européenne, Volodymyr Zelensky a de nouveau réclamé, à Bruxelles, devant le Parlement européen, la livraison d'avions de chasse "au plus tôt", pour repousser la Russie.

Si, jusqu'à présent, cette requête s'opposait au refus ferme des dirigeants allemand et américain, le Premier ministre britannique, n'a, lui, pas fermé la porte à cette idée, lui valant une mise en garde du Kremlin sur une "réponse" de Moscou en cas de livraison d'avions de chasse à Kiev. Ce jeudi 9 février, Emmanuel Macron s'est montré plus évasif sur la question, se gardant bien de faire une annonce officielle. "Il faut privilégier les livraisons utiles pour mener les opérations et résister, plutôt que des engagements qui arriveront très tard", a simplement défendu le président français depuis Bruxelles, peu avant la prise de parole de Volodymyr Zelensky.

Des chars à usage défensif, mais des avions potentiellement offensifs

La cobelligérance n'étant pas consacrée en droit des conflits armés, la Défense française avait clarifié la situation dès le mois d'avril, estimant que la livraison d'armes ne constitue pas officiellement une cobelligérance. Pour qu'un pays soit considéré comme partie dans un conflit armé, il doit intervenir "directement dans le conflit", précisait plus tard une note l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Irsem). C'est-à-dire que cette participation doit être réalisée "physiquement" par le biais de "forces armées sur le territoire d'un autre État et contre celui-ci"

Mi-janvier, le ministre des Armées avait précisé, devant le Sénat, que plusieurs critères étaient examinés avant toute livraison d'armes pour l'Ukraine, le premier consistant à s'assurer que l'équipement est utilisé dans une "logique défensive". Et de fait, les chars peuvent avoir un usage strictement défensif. Concernant les avions, en revanche, ces appareils peuvent frapper directement le sol russe, dans une optique offensive. D'où les réserves des alliés de l'Ukraine. 

"La frontière entre l'implication directe et indirecte" des occidentaux "disparaît"

Car ces limites à la belligérance ne semblent pas être partagées par le Kremlin, dont les avertissements se renforcent ces derniers mois, sans qu'il n'y ait de conséquences concrètes pour l'instant. Mi-janvier, Alexander Makogonov, porte-parole de l'ambassade de Russie en France, prévenait ainsi les pays occidentaux qu'ils "se rapprochent de plus en plus de la ligne de cobelligérance"

Avec la récente mise en garde contre Londres, et la tournée européenne de Zelensky, la tension monte encore d'un cran et la distance tenant la "red line" suffisamment loin de plus en plus courte. "Nous considérons qu’il s’agit d’une implication croissante de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine", a déclaré le porte-parole du Kremlin jeudi après-midi. "Et que la frontière entre leur implication directe et indirecte disparaît", a estimé Dmitri Peskov. Des actions qui conduisent, selon lui, à "l’escalade des tensions et qui tendent le conflit", a-t-il poursuivi, ajoutant que ces actions "ne changeront pas le cours du conflit". 


Sebastie MASTRANDREAS

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