Pour Jean-Luc Mélenchon, la première manifestation de l'Antiquité a eu lieu à Paris, "autour des années 400".
Il s'agissait en fait plutôt d'une sédition militaire sans revendication sociale.
Le premier mouvement social remonte à 3000 ans, en Égypte.

Les Parisiens auraient la colère sociale dans le sang. Lors d'un colloque qui se tenait à l'Institut la Boétie ce mercredi 12 avril, Jean-Luc Mélenchon, qui co-préside cette "fondation insoumise", a tenu à souligner, auprès de l'inventeur de la "géographie radicale" David Harvey, l'histoire de la capitale française. Selon le leader de LFI, Paris serait "intrinsèquement, fondamentalement, une ville révolutionnaire". Pour preuve : la "première manifestation de l'Antiquité" aurait eu lieu dans la ville, sur le boulevard Saint-Michel, "aux alentours des années 400", a-t-il expliqué. La capitale est-elle le berceau de la contestation ?

Une sédition militaire

D'après l'ancien député, ce mouvement a été organisé par des "militaires gaulois à qui on avait dit qu'il fallait qu'ils partent en Orient", comme le montre cette vidéo vue plus de 1,8 million de fois. Une sortie qui a suscité les commentaires de plusieurs historiens. 

En fait, selon l'hypothèse la plus probable, l'ancien candidat à la présidentielle fait ici référence à une mutinerie de légionnaires stationnés à Lutèce (qui deviendra Paris), en 360 après J.-C. Comme l'a relevé l'archéologue Clément Salviani dans une publication à ce sujet, le boulevard Saint-Michel servait à l'époque de zone de quadrillage d'un camp romain "qui a servi de base pour certains empereurs romains tardifs". Parmi eux, Julien l'Apostat. Or, tandis qu'il n'est pas encore empereur et qu'il mène différentes campagnes sur le Rhin, "il reçoit l'ordre de Constance II d'envoyer plusieurs légions en Orient", rappelle le spécialiste de l'histoire romaine. 

Un commandement que vont refuser les troupes fatiguées par "les sévères combats en Gaule", comme le souligne un ouvrage sur les fortifications militaires de la Gaule romaine. L'armée occidentale choisit alors d'élever Julien au titre d'Auguste contre Constance II. Si la guerre civile entre les deux cousins fût évitée, "c'est uniquement parce que Constance mourut le 3 novembre de l'an 361", lit-on. Il s'agit donc plutôt d'une mutinerie et d'une proclamation impériale, "comme il y en avait eu tant depuis 150 ans", commente Clément Salviani. 

Quant à la première lutte sociale, elle est en fait bien plus ancienne. Les premières traces écrites font état d'une grève il y a plus de 3000 ans, environ en -1166 avant notre ère. On est en Égypte, sous le règne de Ramsès III. Et alors que de mauvaises récoltes réduisent les rations alimentaires utilisées en guise de salaire, les ouvriers de la nécropole royale de la vallée des Rois exigent de meilleures conditions de vie. Selon le récit relaté dans ce qu'on appelle désormais le "Papyrus de la Grève", conservé au musée de Turin, les travailleurs "se sont assis derrière le temple mortuaire de Menkhéperrê" en signe de contestation. "Si nous en sommes arrivés à ce point, c'est à cause de la faim et de la soif : il n'y a plus de vêtements, ni d'onguents, ni de poissons, ni de légumes. Écrivez au pharaon, notre bon seigneur, à ce propos, et écrivez au vizir, notre supérieur, pour que les provisions nous soient données !" revendiquaient-ils, selon cet écrit.

Si l'histoire de France a été marquée par d'importantes luttes sociales, celle de la mutinerie d'un régiment d'élite en Gaule n'en fait pas partie. Et ce n'est pas non plus dans l'Hexagone qu'on retrouve le premier conflit social de l'Antiquité.

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Felicia SIDERIS

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