Après son inculpation, Donald Trump dénonce un procureur sous la coupe du milliardaire George Soros.
Ce dernier aurait directement financé sa campagne à la tête du parquet de Manhattan.
Une rumeur infondée, reprise par ses partisans et la complosphère américaine.

La contre-attaque de Donald Trump, visé par des poursuites pénales dans l’affaire Stormy Daniels, ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué officiel, l’ancien président des États-Unis a dénoncé une "persécution politique" après le vote d’un grand jury du tribunal de New-York pour son inculpation, et surtout un procureur sous influence. "Le procureur de Manhattan Alvin Bragg, qui a été trié sur le volet et financé par George Soros, est une honte", a-t-il alors accusé le 31 mars.  

Aussitôt, les partisans de Donald Trump ont décidé de cibler la figure d’Alvin Bragg et de reprendre cette rumeur. "Le procureur du district de Manhattan, soutenu par Soros, a constamment enfreint la loi pour déclasser les crimes et excuser les fautes criminelles. Pourtant, maintenant, il étend la loi pour cibler un opposant politique", a déclaré le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, dans un tweet. 

Des dons à l'organisation Color of Change

Et comme à chaque fois que le nom de George Soros est cité, la complosphère américaine s’est réveillée et a dénoncé les liens financiers supposés entre ce dernier et le procureur de Manhattan, qui devrait inculper formellement Donald Trump dans les prochains jours. Ce milliardaire américain et d’origine juive hongroise est régulièrement la cible d’attaques conspirationnistes, sur fond d’antisémitisme. Côté français, Florian Philippot s’est aussi emparé de l’information, selon laquelle "Soros a financé à hauteur de 500 000 dollars" l’élection d’Alvin Bragg. Aux États-Unis, il est de coutume que des procureurs et juges soient élus et non pas nommés. 

Cela étant, le milliardaire américain n’a pas versé d’argent pour la campagne du procureur. Cette rumeur se fonde sur un raccourci trompeur. Alvin Bragg a annoncé sa candidature pour prendre la tête du parquet de Manhattan en juin 2019 et a été élu à ce poste deux ans plus tard, en novembre 2021. Une première pour un Afro-Américain. Comme le détaillent des enquêtes de la presse américaine, Color of Change, une organisation progressiste de défense des droits civiques, a soutenu le futur procureur en s’engageant le 8 mai 2021 à dépenser un million de dollars dans une campagne de terrain et une mobilisation des électeurs. Le groupe dépensera finalement moins que prévu, avec 420.000 dollars investis dans une communication en faveur d’Alvin Bragg. 

Le procureur Alvin Bragg à New-York, le 29 mars 2023
Le procureur Alvin Bragg à New-York, le 29 mars 2023 - ANGELA WEISS / AFP

Mais que vient faire George Soros là-dedans ? En réalité, le milliardaire a lui-même donné un million de dollars à Color of Change, le 14 mai 2021. Mais selon un porte-parole de Color of Change, cité par le Washington Post, la concordance entre ces deux dons est le fruit du hasard : le million versé par George Soros ne l’a pas été dans l’objectif de servir directement à la campagne du futur procureur. 

Au total selon le New York Times, l’homme d’affaires a donné 450.000 dollars à Color of Change entre 2016 et 2018, tandis que son comité politique, intitulé Democracy PAC, a versé 2,5 millions de dollars en 2020. Le tout pour soutenir de nombreux candidats, comme Larry Krasner, le procureur de Philadelphie. Cependant, certains membres de la famille du milliardaire ont bien contribué directement à la campagne d’Alvin Bragg : c’est le cas de son fils et sa belle-fille, selon les registres électoraux de l'État de New York. 

Vu l’ampleur de la rumeur, le principal intéressé a démenti formellement avoir financé Alvin Bragg, ni même le connaitre ou l’avoir déjà rencontré. "Si je n'ai pas contribué à la campagne d'Alvin Bragg, j'ai soutenu de nombreux autres procureurs réformateurs", s’en est-il expliqué sur Twitter en renvoyant à une tribune écrite en 2022 pour le Wall Street Journal, dans laquelle il raconte sa conception d’une bonne justice pénale aux États-Unis. "J'ai soutenu l'élection (et plus récemment la réélection) de procureurs favorables à la réforme (…) Je l'ai fait en toute transparence et je n'ai pas l'intention de m'arrêter." 

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Caroline QUEVRAIN

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