Guerre en Ukraine : le conflit s'enlise

"Orban a depuis toujours cette volonté d'être dans la surenchère" : la Hongrie de plus en plus isolée en Europe

par Sébastie MASTRANDREAS
Publié le 27 juillet 2022 à 15h17
JT Perso

Source : 24H PUJADAS, L'info en questions

Le Premier ministre hongrois multiplie les déclarations choc et les prises de positions contre Bruxelles.
Mis au ban de l'UE pour sa politique radicale, Orban s'isole de plus en plus depuis la guerre en Ukraine.
Sur le dossier du gaz russe, il vante une relation économique privilégiée avec Moscou.

Viktor Orban a encore frappé. Habitué aux déclarations chocs et aux prises de position à contre-courant de l'Union européenne, le Premier ministre hongrois a marqué, une nouvelle fois, sa ferme opposition à Bruxelles, mardi 26 juillet. La Hongrie a été le seul pays, parmi les 27 États-Membres de l'UE, à voter contre l'accord sur la réduction de la consommation du gaz, dénonçant un plan "inapplicable"

Quelques jours plus tôt, le dirigeant avait aussi choqué, avec un discours sur la "race hongroise non-mixte". Des propos polémiques caractéristiques de sa politique radicale (anti-LGBT, anti-migrants...), qui lui valent d'être mis au ban de l'UE. Aujourd'hui, malgré la guerre en Ukraine, Viktor Orban maintient une relation économique privilégiée avec Vladimir Poutine. De quoi se demander à quoi joue le Premier ministre. Éléments de réponse avec Matthieu Boisdron, docteur en histoire contemporaine à l'université de Nantes, et rédacteur en chef du Courrier d'Europe centrale

Pourquoi Viktor Orban maintient-il des positions si radicales ? 

Plusieurs facteurs expliquent ce fonctionnement raide dans les prises de positions de Viktor Orban. D'abord, son parti, le Fidesz, n’est plus membre du Parti populaire européen (PPE), depuis plusieurs mois. Il est donc très isolé au sein de l’UE, même ses alliés traditionnels (polonais, tchèques et slovaques) se sont démarqués de lui dans le cadre de la guerre en Ukraine. Cela contribue à le radicaliser. 

Ensuite, la situation économique du pays n’est pas très bonne : Orban est en difficulté, sa politique de maintien du pouvoir d’achat lui coutant très cher. D’où ses prises de positions sur le gaz russe, que les Hongrois ne paient pas au prix du marché. Enfin, quant à son discours sur le grand remplacement, c'est sa stratégie habituelle, consistant à aller chercher un électorat très à droite. En fait, Viktor Orban a depuis toujours, cette volonté d’être dans la surenchère, de maintenir le tempo politique. C’est caractéristique de sa façon de faire.

Quels liens entretiennent Viktor Orban et Vladimir Poutine ? 

La guerre en Ukraine percute la stratégie mise en place en 2010 par Viktor Orban, quand il a ouvert la Hongrie vers l’est, entamant un dialogue avec Poutine, qu'il voit régulièrement. Toute une diplomatie s'est développée, avec des relations d'affaires, interpersonnelles, et des intérêts communs, comme les accords gaziers et pétroliers conclus avec Moscou, vantés par Orban.

Lire aussi

Côté européen, on est tous ébahis de voir le ministre des Affaires étrangères hongrois serrer la main de son homologue russe, Sergeï Lavrov, lors d'une visite à Moscou, en plein conflit ukrainien. Le gain politique de cette image est assez nul, amenant à se questionner sur l'influence du Kremlin sur la Hongrie - un financement présumé de la campagne électorale d'Orban par Moscou est notamment évoqué. C’est vraiment très surprenant, il y a encore des choses qu’on mesure encore mal aujourd’hui, puisqu’on n’a pas tous les éléments. 

La Hongrie pourrait-elle sortir de l'Union européenne ? 

Privé des fonds européens, qui constituent une part importante du PIB hongrois, Viktor Orban n’aurait plus aucune limite et cela déclencherait un départ de l’UE, selon certains observateurs. Mais cela parait encore un peu compliqué. Car ce qui est encore plus essentiel à la Hongrie, au-delà des fonds européens, c’est l’accès au marché commun : le pays est une base arrière de l’industrie automobile allemande, des transports logistiques… Il y a tout un système économique qui s’est développé. 

Viktor Orban, qui est un animal politique, peut aussi être très pragmatique

Matthieu Boisdron, docteur en histoire contemporaine

À titre personnel, Orban ne risque pas grand-chose, il a été reconduit pour quatre ans face à une opposition qui semble quand même très faible. À court terme, il n’y aura donc pas de changement notable. Notons que Viktor Orban, qui est un animal politique, peut aussi être très pragmatique. S'il a eu des prises de positions très virulentes sur l’UE adressées à son électorat, on l’a vu aussi avoir de la souplesse vis-à-vis de Bruxelles, et reculer quand il le fallait. Comme en 2021, quand la Hongrie s'est alignée sur la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) en abrogeant sa loi "Stop Soros" de 2017, qui criminalisait des activités légitimes liées à la migration.


Sébastie MASTRANDREAS

Tout
TF1 Info