Au Sénégal, le corps sans vie d'un homme a été exhumé dans la nuit du 28 au 29 octobre avant d'être brûlé publiquement.
Les faits, qui seraient motivés par l'homophobie, ont été filmés et diffusés ligne, provoquant une onde de choc dans le pays, qui voit pourtant l'homosexualité d'un mauvais œil.

La stupeur s'est emparée de la société sénégalaise après la mise en ligne d'images d'une violence inouïe. Dans la nuit de samedi 28 à dimanche 29 octobre, à Kaolack, ville de 300.000 habitants au sud-est de Dakar, le corps d’un homme a été exhumé par un groupe d’individus pour être ensuite trainé au sol et brûlé sur la place publique. Une scène filmée puis relayée sur les réseaux sociaux. 

4 probables "commanditaires" arrêtés

Pour la presse locale, il s’agit là d’un acte homophobe motivé, la victime enterrée la veille au cimetière de Léona Niassène, un quartier de Kaolack, étant supposé homosexuel. Selon STOP Homophobie, les responsables sont "une foule de jeunes fanatisés et ‘en liesse’ qui s'était déjà opposée à son inhumation pour ‘présomption d'homosexualité’".

Le parquet a annoncé l'ouverture d'une enquête et précisé le déroulé des faits dans un communiqué. "Dans la soirée du 28 octobre, nous avons été informés par le Commissariat Central de Kaolack que des individus non identifiés se sont présentés aux cimetières de Léona Niassène à la recherche de la tombe du défunt C.F. qui y avait été inhumé la veille", indique le procureur. "Ayant réussi à identifier sa tombe, ces individus ont tout simplement exhumé son corps, l’ont trainé au-dehors avant de le brûler", poursuit le magistrat, soulignant que "ces actes d’une extrême gravité, relevant de la barbarie, interpellent les autorités et ne peuvent rester impunis". 

Depuis, quatre hommes ont été arrêtés, soupçonnés de "faire partie des commanditaires", selon un responsable de la police locale sous couvert d’anonymat. Aucun détail sur leur profil n’a été divulgué dans les médias. 

Le geste ayant été filmé et mis en ligne, les images glaçantes ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux et choqué le Sénégal. "À ma connaissance, c’est la première fois qu’un corps est brûlé en public et que la scène est filmée et partagée comme cela sur les réseaux", a témoigné anonymement un membre du comité Idaho de défense des droits LGBT en Afrique auprès de France 24. Selon lui, des actes d’exhumation semblables ont déjà été observés dans le pays, des victimes souvent soupçonnées d’être homosexuelles ou d’avoir le VIH. 

Au Sénégal, le droit actuel condamne l'acte sexuel entre deux personnes de même sexe, le punissant jusqu'à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende maximale de 1,5 million de francs CFA. Mais ce droit est profondément menacé puisque début 2022, des députés avaient déposé une proposition de loi visant à criminaliser l’homosexualité, rappelle la BBC

Indignation des responsables religieux

L’homosexualité est d'ailleurs loin d’être bien vue dans la société sénégalaise, à grande majorité musulmane, et des manifestations contre les droits LGBT ont été récemment organisées dans des grandes villes, à commencer par Dakar. En mai 2021, des milliers de personnes s’étaient alors réunies dans la capitale, sur invitation des organisations religieuses, pour demander un durcissement de la loi.

Un homme arborant un drapeau sénégalais lors d'une manifestation organisée par des associations religieuses contre l'homosexualité, le 23 mai 2021, sur la place de l'Obélisque à Dakar.
Un homme arborant un drapeau sénégalais lors d'une manifestation organisée par des associations religieuses contre l'homosexualité, le 23 mai 2021, sur la place de l'Obélisque à Dakar. - SEYLLOU / AFP

Reste que les faits ont profondément choqué le pays et que des responsables religieux, comme le Khalif général de Léona Niassène, ont exprimé leur "profonde indignation". "Cet acte ne peut en aucun cas être justifié ni toléré", a réagi le chef religieux local dans un communiqué. De leur côté, les associations Amnesty International Sénégal, de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme et de la Ligue sénégalaise des droits humains ont "condamné vigoureusement cet acte qui porte atteinte à la dignité du défunt et de sa famille". 


C.Q

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