Le sort de l'Ocean Viking, que Rome refuse d'accueillir, crispe les relations entre la France et l'Italie

M.L (avec AFP)
Publié le 9 novembre 2022 à 7h51, mis à jour le 9 novembre 2022 à 8h54

Source : TF1 Info

Un navire de sauvetage affrété par l'ONG SOS Méditerranée, l'Ocean Viking, est bloqué en mer depuis plusieurs jours avec des centaines de migrants à bord.
L'Italie refusant les débarquer dans ses ports, l'association a lancé un appel à l'aide à la France.
Paris a fustigé le "comportement inacceptable" de Rome.

Le ton monte entre Rome et Paris. Des centaines de migrants restaient bloqués mardi soir au large de l'Italie sur des navires humanitaires, notamment celui de l'ONG SOS Méditerranée, l'Ocean Viking, dont le sort a déclenché en soirée une bisbille diplomatique entre la France et l'Italie, accusée par sa voisine d'un "comportement inacceptable".

Après des jours, voire des semaines en mer, trois navires ambulances ayant secouru des migrants qui tentaient la traversée entre les côtes nord-africaines et l'Europe ont obtenu l'autorisation d'accoster dans des ports italiens. Mais Rome n'a autorisé qu'une partie des rescapés à descendre à quai, refusant plusieurs centaines de migrants, au grand dam des organisations humanitaires.

Quant à l'Ocean Viking, de l'ONG européenne SOS Méditerranée, qui bat aussi pavillon de la Norvège et qui a recueilli 234 migrants, il n'a pas du tout pas reçu le feu vert pour accoster en Italie. Il naviguait mardi matin au large du port sicilien de Syracuse, a indiqué à l'AFP un photographe à bord. "Face au silence assourdissant de l'Italie", SOS Méditerranée a indiqué avoir demandé mardi à la France d'assigner un port sûr à l'Ocean Viking qui "devrait arriver dans les eaux internationales près de la Corse le 10 novembre"

Une attitude "contraire au droit de la mer et à l'esprit de solidarité européenne"

"Cette solution extrême est le résultat d'un échec critique et dramatique de tous les États membres de l'Union européenne et des États associés à faciliter la désignation d'un lieu sûr", a insisté l'ONG dans son communiqué.

De son côté, le gouvernement français a dénoncé mardi soir le "comportement inacceptable" des autorités italiennes qui est "contraire au droit de la mer et à l'esprit de solidarité européenne", a déclaré une source gouvernementale française à l'AFP. "Nous attendons autre chose d'un pays qui est aujourd'hui le premier bénéficiaire du mécanisme de solidarité européen", a-t-elle ajouté.

Plus tôt dans la soirée, la nouvelle Première ministre italienne d'extrême droite Giorgia Meloni avait remercié la France qui, selon elle, acceptait d'accueillir l'Ocean Viking dans un de ses ports. Mais le ministère français de l'Intérieur a précisé que le navire se trouvait "pour l'instant" dans les "eaux italiennes", "jusqu'à demain (mercredi, NDLR) midi au moins". Toutefois, le président de la région Corse, Gilles Simeoni, a proposé mardi soir d'accueillir "temporairement" le bateau dans l'un des ports de l'île, "conformément à sa tradition d'hospitalité et pour éviter toute perte humaine"

Invité sur franceinfo mercredi matin, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a insisté sur le fait que "ce bateau a vocation à être accueilli en Italie" et qu'il ne fallait pas "laisser ces personnes courrir le moindre danger". "L'attitude actuelle du gouvernement italien (...) est inacceptable. Nous souhaitons que l'Italie joue son rôle et respecte ses engagements européens", a-t-il ajouté, répétant également que le navire "est actuellement dans les eaux territoriales italiennes"

Le nouveau gouvernement italien, mené par Giorgia Meloni, le plus à droite depuis la Seconde Guerre mondiale, s'est engagé à observer une ligne dure vis-à-vis des migrants. Il réclame une plus grande solidarité des pays européens dans l'accueil des migrants et estime que les États sous le drapeau desquels les bateaux naviguent doivent prendre leur part.

La réticence de longue date des autorités italiennes à l'accueil de migrants

Mais ce n'est pas la première fois que la politique migratoire du gouvernement italien est vivement critiquée par les associations et suscite des tensions en Europe. "Enfin, nous avons recommencé à protéger nos frontières !", a salué sur Twitter ces derniers jours Matteo Salvini, ancien ministre de l'Intérieur également d'extrême droite, qui avait, lui aussi, refusé à plusieurs reprises sous son mandat d'accueillir dans les ports italiens des navires secourant des migrants. Accusé d'avoir bloqué en mer 147 migrants en août 2019 dans des conditions sanitaires désastreuses notamment, il a dû se présenter l'an dernier devant la justice.

L'Italie constate cette année une forte augmentation des entrées sur son territoire par la mer, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, avec 88.100 personnes arrivées sur ses côtes depuis le 1er janvier contre respectivement près de 56.000 et 30.400 sur la même période de 2021 et 2020, années de la crise sanitaire. Seulement 14% des migrants entrés dans le pays cette année ont été secourus et débarqués par les navires des ONG humanitaires, selon le ministère.

Selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l'Allemagne a été en 2021 le pays de l'UE ayant enregistré le plus grand nombre de demandes d'asile (148.200), devant la France (89.400), l'Espagne (65.400), le Royaume-Uni (56.500) et l'Italie (43.800).


M.L (avec AFP)

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