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Le taux d'homicides au Brésil a-t-il fondu avec l'arrivée de Bolsonaro au pouvoir ?

Felicia Sideris
Publié le 10 juillet 2022 à 13h03
JT Perso

Source : Sept à huit

Des militants d'extrême droite se félicitent du bilan de Jair Bolsonaro au Brésil.
Selon une publication ce jeudi, le taux d'homicide a radicalement baissé grâce au président élu en 2019.
Les choses sont bien plus nuancées.

La publication se passe de commentaire, tant les chiffres parlent d'eux-mêmes. Ce jeudi 7 juillet, le militant Damien Rieu a publié sur Twitter, ce qu'il présente comme les données sur le taux d'homicides au Brésil. Selon l'ancien candidat d'extrême droite, depuis l'élection de Jair Bolsonaro au Brésil, cet indicateur aurait fondu de manière remarquable. Il aurait baissé de 22% en 2019, de 10% en 2020 puis de 7% en 2021. Sous-entendu, les politiques nationalistes et sécuritaires sauvent des vies. Mais qu'en est-il réellement ? 

Une "fragile réduction des morts violentes"

Dans sa publication, celui qui est arrivé en cinquième position aux législatives dans les Alpes-Maritimes ne donne pas de source. Pour vérifier ses chiffres, nous nous sommes donc tournés vers le dernier rapport du Forum brésilien de la sécurité publique (FBSP), une ONG qui fait référence en la matière. 

En regardant le taux de "morts violentes intentionnelles pour 100 habitants" (MVI), on remarque rapidement qu'il y a bien une chute de ces violences dans le pays. Ceci dit, elle ne date pas de l'arrivée de Jair Bolsonaro au pouvoir. Ainsi, après un pic de violence meurtrière en 2017 (avec 30,9 MVI) une "tendance à la baisse" a débuté "à partir de 2018", comme le souligne l'ONG. Soit, un an avant l'arrivée au pouvoir du président actuel. Comme le montre le graphique ci-dessous, cet indicateur a baissé de 11% entre 2017 et 2018 puis de 18% entre 2018 et 2019, année où l'extrême-droite s'est installée à la tête du pays. Contrairement à ce qu'affirme Damien Rieu, cet indicateur a ensuite augmenté de 5% en 2020, avant de chuter à nouveau de 6,5% en 2021. Entre l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro et les dernières données disponibles, l'indicateur a baissé très exactement de 1,76%.

Taux de morts violentes intentionnelles au Brésil de 2012 à 2021 - Forum brésilien de la sécurité publique (FBSP)

Reste qu'il y a bien une tendance à la baisse de cet indicateur. Cependant, contrairement à certaines "tentatives d'explications simplistes", pour reprendre l'expression du FBSP, la prudence est de mise pour identifier les facteurs et les causes de ce phénomène. Selon l'ONG, on ne peut le réduire aux seuls discours musclés de Jair Bolsonaro. 

Un phénomène "multifactoriel"

Les causes sont en réalité "multifactorielles". Et certains éléments échappent complètement au seul gouvernement. C'est par exemple le cas de la démographie, dont l'évolution a "contribué à hauteur de 23% à la réduction des homicides", entre 2004 et 2020, selon les calculs du Forum brésilien de la sécurité publique. Par ailleurs, il y a aussi le rôle du crime organisé. Ainsi, 2017 est une année historiquement meurtrière à cause d'une guerre entre deux organisations criminelles particulièrement puissantes, qui avait fait plus de 64.000 victimes. Depuis 2018, ces conflits régionaux entre groupes mafieux se sont globalement apaisés… Sauf dans certains territoires. Ainsi, contrairement au reste du pays, l'Amazonie a vu son taux d'homicides grimper de 54% en 2021 en raison de la profusion de crimes environnementaux et de conflits fonciers. 

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Enfin, il y a l'influence d'un certain nombre de politiques publiques. Mais là encore, elles ne sont pas nécessairement liées au gouvernement, et encore moins à celui de Jair Bolsonaro. Selon une étude citée par l'ONG, la large majorité des programmes de sécurité publique qui ont prouvé leur efficacité pour réduire les homicides et la violence sont mis en place au niveau fédéral. Il s'agit par exemple de "restrictions sur la vente de boissons alcoolisées" ou de la "mise en place de police municipale". 

Par ailleurs, le FBSP cite trois lois qui ont particulièrement aidé à baisser les violences. Elles sont toutes antérieures à Jair Bolsonaro. Il s'agit de l'application des mesures prévues par la loi Maria da Penha, promulguée par da Silva en 2006, du "système unifié de sécurité publique" mis en place en 2018 après un processus long de 14 ans, ainsi que de la loi sur la restriction des armes à feu, ratifiée en 2004. Avec des armes à feu encore utilisées dans 76% des homicides, l'ONG évalue qu'avant sa promulgation, la vitesse à laquelle les meurtres augmentaient était 6,5 fois plus importante. 

ENQUÊTE - La déforestation derrière les incendies en AmazonieSource : JT 20h Semaine
JT Perso

En résumé, au-delà de se tromper sur les chiffres du taux des homicides au Brésil, la publication de Damien Rieu fait un raccourci trompeur sur les causes de cette "baisse fragile". Si la situation est en train de s'améliorer dans le pays, Jair Bolsonaro est surtout l'héritier d'une politique sécuritaire mise en place avant son arrivée. 

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