Biden et Harris à la Maison Blanche

Les 100 premiers jours de Joe Biden : "C'est maintenant que le plus dur commence"

Propos recueillis par Frédéric Senneville
Publié le 28 avril 2021 à 17h23, mis à jour le 28 avril 2021 à 17h30
Les 100 premiers jours de Joe Biden : "C'est maintenant que le plus dur commence"

Source : POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

INTERVIEW - Joe Biden surprend tout le monde depuis son entrée à la Maison Blanche il y a presque 100 jours. Le 46ᵉ président des États-Unis avance vite sur sa feuille de route, mais le plus dur est sans doute à venir. Guillaume Debré revient sur ce cap symbolique... et sur ce qui attend Joe Biden.

Depuis bientôt cent jours, Joe Biden aligne les décrets et les mesures de relance et, en apparence, les succès. Notre journaliste Guillaume Debré, spécialiste des États-Unis, nous aide à cerner la ligne directrice de l'action du président américain et les défis qui l'attendent encore. Ce mercredi, il s'exprime pour la première fois devant le Congrès, déterminé à afficher sa volonté réformatrice, en particulier en matière fiscale, après un début de mandat mené tambour battant.

Rendre à la classe moyenne un sentiment de protection, sécuritaire et économique

Guillaume Debré

Joe Biden, c’est celui qu’on n’attendait pas ?

Guillaume Debré : On s’était tellement focalisés sur Donald Trump qu’on en avait presque oublié le programme de Joe Biden. Depuis 100 jours, il s'est métamorphosé, passant de "Sleepy Joe" (Joe l'endormi, NDLR) à un président aux accents Rooseveltiens, qui veut transformer la société américaine et remettre la classe moyenne et l'État fédéral au centre du jeu politique.  

La référence à Roosevelt est omniprésente....

Elle tient à deux choses. La première, c'est qu’il veut transformer la fiscalité américaine pour favoriser les classes moyennes. Et ça, c'était au centre du New Deal de Roosevelt. Le second aspect, très étonnant, reprendrait d’ailleurs plutôt certaines pages de la présidence de Lyndon Johnson : essayer d’intégrer des pans entiers de la société, notamment les plus pauvres et les minorités dans le jeu économique. C'est très nouveau pour un parti démocrate qui, depuis Bill Clinton, avait délaissé les classes populaires et les classes moyennes : on en revient à une orthodoxie politique qu'on avait oubliée dans la gauche américaine.  C'est qu’il s’est le plus attaché à faire depuis 100 jours, rendre à la classe moyenne un sentiment de protection,  sécuritaire et économique. Il a ainsi finalement repris les accents protectionnistes de Donald Trump, avec le "Buy american".  La classe moyenne américaine a subi de plein fouet la crise de 2008, et conserve depuis un sentiment extrêmement fort de déclassement. Il y a eu un phénomène de dislocation sociale qui a fait exploser cette classe moyenne. Lui, son ambition politique et économique, c'est de redonner du pouvoir d'achat à la classe moyenne américaine, c’est là qu’il situe son action.

Faire payer la couverture sociale et économique, par les plus riches Américains

Guillaume Debré

Ce mercredi soir [à l'occasion du de son discours des 100 jours devant le Congrès], il va justement annoncer son plan sur la famille américaine pour redonner du pouvoir d'achat et un accès à l'éducation à ceux qui ne peuvent plus s'offrir des universités hors de prix. Ce plan, il compte le financer en imposant le capital des plus fortunés, et en augmentant la fiscalité sur les entreprises. C’est le cœur de son discours et son crédo politique. Faire payer la couverture sociale et  économique, par les plus riches Américains.

On le présentait comme l’homme du consensus bipartisan, mais il gouverne finalement beaucoup plus à gauche qu’attendu ?

Oui, mais pour l'instant, il n'a fait que des décrets présidentiels et il a réussi un plan de relance sur lequel presque toute la classe politique était d'accord, à cause de la crise économique. C’est maintenant que le plus dur commence. Son bilan politique et économique au terme des cent premiers jours, c'est d'avoir annoncé des taxes sur les plus riches, et sur les sociétés. C’est aussi d'avoir sorti le chéquier pour des plans de relance et d'investissement en infrastructures. Autrement dit, il va faire marcher la planche à billets et sortir la somme vertigineuse de près de 5 000 milliards de dollars, si son plan passe au Congrès ! Rien de surprenant dans le logiciel d’un président démocrate. 

Le plus compliqué, c'est ce qui s'annonce maintenant. Deux totems seront à surveiller, sur le plan législatif, deux réformes annoncées qui marqueraient une vraie réussite s’il y parvenait : une réforme sur le port d'armes, ce qu'aucun démocrate n'a réussi à faire dans les 40 dernières années, et s'il parvient aussi à réformer les retraites, alors là on pourra vraiment le tenir pour un président transformateur. 

La lutte contre l’épidémie, la vaccination, c’est quand même une vraie réussite, non ?

Oui, c'est un succès avéré puisqu'il a accéléré la campagne de vaccination. Mais il a capitalisé sur ce qu'avait déjà entamé l’administration précédente avec l’opération “Warp Speed”. C'est vrai que pour le coup, il a montré l'efficacité du gouvernement fédéral dans la lutte contre l'épidémie. Mais ce n'est pas vraiment un succès politique : c'est une réussite logistique et sanitaire, qui n'est ni de droite ni de gauche. Tout le monde est d'accord pour lancer une campagne de vaccination. Et une partie de ce succès est quand même à attribuer à Donald Trump. 

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Propos recueillis par Frédéric Senneville

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