Crise des migrants : naufrage meurtrier au large de Calais

Les corps de 15 migrants, décédés en traversant la Manche, ont été inhumés au Kurdistan irakien

La rédaction de LCI, avec AFP
Publié le 26 décembre 2021 à 16h59
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

FUNÉRAILLES - Plus d'un mois après le naufrage de leur embarcation dans les eaux glacées de la Manche, 15 personnes décédées lors de leur traversée ont été inhumées en leur terre d'origine : le Kurdistan irakien.

Darbandikhan, Ranya, mais aussi Soran ou Qadrawa. Ces villes, inconnues du grand public en France, sont situées à près de 4000 kilomètres de l'Hexagone, au Kurdistan irakien. C'est là, vers ces destinations, qu'ont été conduites, ce dimanche 26 décembre, les dépouilles de 15 personnes, décédées le mois dernier dans les eaux froides de la Manche. À l'aéroport d'Erbil, capitale de cette région autonome du nord de l'Irak, des dizaines d'hommes et des femmes vêtus de noir ont patienté de longues heures dans l'attente du cercueil de leurs proches. 

Ces 15 corps ont effectué ce long voyage depuis les côtes de Calais, où ils ont été repêchés le 24 novembre dernier. Ce jour-là, au moins 30 migrants, des Kurdes irakiens en majorité, avait tenté de rallier les côtes anglaises à bord d'un canot gonflable. 27 sont décédés lors de la traversée, ce qui a fait de ce drame le plus meurtrier dans la Manche depuis que l'Organisation internationale pour les migrations a mis en place une collecte de données, en 2014.

Parmi les victimes arrivées ce weekend à Erbil figure Chakar Ali, un homme de 30 ans parti de chez lui deux mois auparavant. Son périple l'a conduit en Turquie, puis en Grèce, ainsi qu'en Italie. Avant de rejoindre la France, porte d'entrée vers une vie fantasmée outre-Manche. "Si je n'appelle pas, c'est que je serai en Angleterre", avait-il prévenu lors du dernier appel passé à sa famille. "Il a tenté à sept reprises, avec des amis, la traversée vers la Grande-Bretagne", glisse aujourd'hui son frère aîné. "À chaque fois, il a échoué."

Une grande salle de prière ouverte à Ranya

Chakar fait partie des 26 victimes ayant été identifiées en France : 17 hommes et sept femmes âgés de 19 à 46 ans, un adolescent de 16 ans, mais aussi une enfant de seulement 7 ans. Le trentenaire, diplômé en géologie pétrolière, était à la recherche d'un travail. Il avait entrepris ce long voyage pour échapper au chômage qui frappait le Kurdistan. À ses côtés, dans cette embarcation de fortune, une jeune femme tentait de rejoindre son compagnon, exilé sur la côte sud du Royaume-Uni et qui avait réussi à se faire naturaliser. 

Leurs parcours, semblables à ceux de tant d'autres victimes, ont été largement documenté par les médias au cours des dernières semaines. Jusqu'à leur dernier voyage, afin d'être inhumé. Depuis l'aéroport qui attendait les corps, des ambulances ont transporté les dépouilles vers leur ville d'origine. En direction de Ranya, par exemple, à une centaine de kilomètres de là et dont était originaires trois personnes disparues le 24 novembre. Dans une mosquée du centre-ville, ce sont plusieurs centaines de personnes qui ont salué la mémoire des défunts. Un protocole strict s'impose, les corps étant notamment lavés selon la tradition musulmane. Sur place, la foule est nombreuse, si bien qu'une grande salle de prière a dû être ouverte. Les fidèles y murmurent des prières funéraires.

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Bien que les familles puissent désormais faire le deuil de leurs proches, de multiples questions restent encore sans réponses. Les migrants, en détresse, auraient ainsi passé des coups de fil aux autorités françaises et britanniques pour solliciter leur assistance. Selon les témoignages, ces dernières se seraient à tour de rôle renvoyé la balle, estimant qu'il n'était pas de leur responsabilité d'intervenir. Une version que démentent l’agence de garde-côtes britanniques ou la préfecture maritime de la Manche, selon lesquelles tous les appels de détresse ont été pris en compte.

Depuis le début de la semaine, l'AFP rappelle que trois naufrages se sont déroulés au large des îles grecques, faisant au moins 30 morts. Parmi les rescapés figuraient des Syriens et des Égyptiens, ainsi que des Irakiens. Depuis le début de l'année, on estime que plus de 2500 personnes seraient décédées ou disparues rien qu'en traversant la Méditerranée.


La rédaction de LCI, avec AFP

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