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Les députés européens RN et LFI ont-ils refusé de voter un plan de soutien à l'Ukraine ?

Thomas Deszpot
Publié le 8 avril 2022 à 17h35
JT Perso

Source : TF1 Info

Gabriel Attal estime que ni le Rassemblement national, ni la France insoumise ne sont crédibles en matière de diplomatie.
Le porte-parole du gouvernement déplore que les élus des deux partis au Parlement européen aient refusé de voter un plan de soutien à l'Ukraine.
Le RN et LFI assument aujourd'hui leur positions lors de ce scrutin, intervenu avant la guerre.

Annoncés respectivement en 2e et 3e position de l'élection présidentielle par les récents sondages, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont la cible ces derniers jours des membres de la majorité. Porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal a notamment soutenu la candidature d'Emmanuel Macron dans les colonnes de L'Obs en taclant les positions du Rassemblement national et de la France insoumise dans le domaine des relations internationale.

Évoquant le conflit à l'Est de l'Europe, Gabriel Attal a glissé la phrase suivante : "Au Parlement européen, les députés "insoumis" et du RN ont refusé de voter le plan d'aide à l'Ukraine." Une sortie qui fait écho à celle du président de la République, dénonçant une "absence coupable de tous les parlementaires du Front national (sic) au Parlement européen quand il s'est agi de sanctionner la Russie"

Entre vote contre et abstention

Dans ses propos, Gabriel Attal fait référence à un vote intervenu au Parlement européen le 16 février dernier. Les élus réunis à Strasbourg étaient alors invités à statuer sur l'octroi d'une aide financière à l'Ukraine, dans un "contexte d’accroissement de l’incertitude géopolitique" empêchant Kiev "d’accéder aux marchés internationaux des capitaux". La proposition mise au vote, peut-on lire à l'ordre du jour, visait "à fournir à l’Ukraine, sous forme de prêts, une nouvelle assistance macrofinancière (AMF) de 1,2 milliard d’EUR destinée à favoriser la stabilité dans ce pays".

Les eurodéputés de la majorité ont voté pour, mais qu'en est-il de ceux du RN et de LFI ? Côté insoumis, les détails du vote accessibles en ligne mettent en avant une abstention générale, tandis que les membres du Rassemblement national, Jordan Bardella en tête, ont voté contre à l'unanimité. Gabriel Attal a donc dit vrai en évoquant les résultats de ce scrutin. 

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Dans les rangs de la France insoumise, on ne nie pas un instant que les eurodéputés se montraient sceptiques. Sollicitée par TF1info, une représentante du groupe explique que "ce n'était pas une aide sous la forme de subvention, mais un prêt conditionné", qui plus est "adossé à des conditionnalités néolibérales d'austérité et de réformes structurelles fixées par le FMI". Les élus LFI ne se montraient pas opposés à des aides à l'Ukraine, mais préféraient "des aides directs et sans conditionnement", ce qu'ils ont ensuite "proposé dans la résolution de réaction à l'agression russe contre l'Ukraine". Et de souligner enfin que la date du vote est importante à prendre en compte. Celui-ci a en effet eu lieu le 16 février, soit une semaine avant que l'invasion russe ne débute, à un moment où la possibilité qu'une guerre éclate restait difficile à envisager. 

Ces questions de temporalités, la cheffe de file des eurodéputés du RN les mentionne également. Hélène Laporte assure que si un tel vote avait lieu aujourd'hui, elle adopterait avec ses collègues une position différente à celle adoptée en février, conclue par une opposition. L'élu explique à TF1info que "dans son rapport de septembre 2022, la Cour des comptes de l’Union européenne commençait par ses mots : "L'Ukraine est minée par la corruption, notamment la grande corruption, depuis de nombreuses années '". Un rapport qui décrivait par ailleurs "la captation de l’État par des intérêts privés", ainsi qu'une "économie tenue par 3.500 entreprises publiques au niveau national et 11.000 au niveau municipal". Cette corruption, largement documentée, a refroidi les eurodéputés du RN.

 

L'intéressée glisse par ailleurs que le "lundi 24 janvier 2021, Ursula Von Der Leyen rappelait que l’Union européenne avait déboursé 17 milliards d’euros en subventions et prêts à l’Ukraine depuis 2014". Des sommes considérables, souligne Hélène Laporte, pointant du doigt des "problèmes sur la gestion de ces fonds". À la mi-février, "il n'était pas du tout question de rapatrier les ressortissants français établis en Ukraine", note enfin l'élue, estimant que le contexte au moment du vote au Parlement européen n'était pas celui de la guerre telle qu'elle fut déclarée le 24 février.  

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