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Les supermarchés russes débordent-ils vraiment de produits occidentaux malgré l’embargo ?

Publié le 26 octobre 2022 à 16h47
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Selon des vidéos, des rayons d’un supermarché de Moscou sont remplis de "produits américains et européens".
Et ce, en dépit de l’embargo russe depuis 2014 sur des aliments en provenance des États-Unis ou de l’UE.
Mais aucun "contournement des sanctions" n'a lieu ici, puisque la production est locale.

Depuis huit mois, de supposées preuves selon lesquelles la guerre ne touche pas le quotidien des Russes sont régulièrement brandies par la propagande du Kremlin. Et les supermarchés, véritables marqueurs sociaux, sont souvent montrés en exemple : l’inflation ne serait pas une réalité et les rayons seraient remplis de produits occidentaux malgré les restrictions à l’importation instaurées par Moscou.

C’est ce qu'affirme Adrien Bocquet, cet ancien militaire français épinglé par Checknews pour avoir livré, à son retour d’Ukraine, un récit contradictoire. Dans trois vidéos publiées sur son compte Twitter, il se met en scène à l'intérieur d'un supermarché qu’il présente comme étant une enseigne Auchan de Moscou. Ce qui est plausible, la marque française opérant toujours en Russie sous sa filiale Auchan Retail. Des chocolats aux produits laitiers, "tout est blindé", commente Adrien Bocquet qui se moque des "restrictions et des embargos" pourtant en vigueur. 

En effet, Moscou a décrété en 2014 un embargo sur plusieurs produits alimentaires en provenance de l’Union européenne, des États-Unis ou encore du Canada. Une mesure prise en réaction aux premières sanctions occidentales, décrétées après l’invasion de la Crimée. Prolongée plusieurs fois depuis, cette interdiction d’importation est en vigueur au moins jusqu’en 2023, selon l’agence de presse Ria Novosti.

Des chocolats directement sortis des usines russes

Mais les vidéos présentées ici n’entrent pas en contradiction avec cet embargo. Ainsi, "les produits filmés ici, et ils ne sont pas choisis au hasard, sont produits localement en Russie et non pas importés", éclaire Agathe Demarais, directrice des prévisions mondiales de l'Economist Intelligence Unit (EIU) et spécialiste des sanctions russes. Ces produits, comme les chocolats ou l’alcool, ne sont en fait pas inclus dans l’embargo russe et sont produits dans des usines du pays, via des partenariats avec les marques. Par exemple, les chocolats Milka, les gâteaux Oreo ou Belvita sont fabriqués par le groupe américain Mondelez, dans ses trois usines russes de Novgorod, de Pokrov et de Sobinka.

Des plaquettes de chocolat "en abondance" montrés dans les rayons russes
Des plaquettes de chocolat "en abondance" montrés dans les rayons russes - AB / Twitter

Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l'IRIS et ancien ambassadeur de France à Moscou, abonde : les rayons des magasins, et notamment ceux d’Auchan, sont tous approvisionnés en produits locaux. Les yaourts, eux, étaient "jusqu’à la mi-octobre produits localement par Danone", poursuit Agathe Demarais. En effet, le groupe a récemment annoncé se retirer du marché russe après de longues hésitations, comme le rapporte par exemple Les Echos.

Et après analyse des étiquettes des produits à l’image, la directrice de l’EIU fait remarquer que leur date de production est antérieure à l’annonce de Danone. Rien de curieux donc, ni de "contournement de sanctions", pour Agathe Demarais. Mais pour pallier l’embargo de 2014, qui concerne le bœuf, la volaille ou encore les produits laitiers, des produits de substitution existent aussi, décrit Jean de Gliniasty. Ainsi, les producteurs russes ont été contraints d’apprendre à faire leurs propres fromages français, comme le camembert. Une "aubaine pour l’agriculture russe", considère l’ancien diplomate.

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Cela ne signifie pas que les Russes n’ont pas souffert depuis 2014, de l’embargo décrété par Vladimir Poutine et des sanctions européennes. Ces derniers mois, l’aggravation du conflit a une incidence directe sur leur niveau de vie : "La Russie va enregistrer une récession d'environ 4% cette année, ce qui est loin d'être négligeable", rappelle ainsi Agathe Demarais.

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Caroline QUEVRAIN

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