La libération de Sophie Pétronin

Libération de Sophie Pétronin : 4 ans après son enlèvement, le Mali toujours plongé dans l'instabilité

Thomas Guien
Publié le 8 octobre 2020 à 21h57, mis à jour le 8 octobre 2020 à 22h46
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

CRISE - Sophie Pétronin, la dernière otage française dans le monde, a été libérée ce jeudi, a annoncé l'Elysée. Cette humanitaire est restée près de quatre ans aux mains des djihadistes. Pendant ce temps, le pays, lui, s'est enfoncé dans la crise.

Des années de guerre, des attaques djihadistes et des violences intercommunautaires incessantes, un marasme économique et une défaillance de l'Etat… au jour de la libération de Sophie Pétronin, le Mali croule sous le poids des difficultés. Un Mali probablement à peine reconnaissable pour l'otage française, libérée ce jeudi et en passe de rejoindre Bamako. Et pour cause : le pays vit désormais au rythme de la junte, qui a pris le pouvoir au cœur de l'été.

Quand débute la captivité de l'humanitaire française le jour de Noël 2016, Ibrahim Boubacar Keïta est encore au pouvoir. "IBK" avait été élu en 2013, quelques mois après le début de l'opération Serval lancée par la France pour enrayer la progression des djihadistes dans le nord du pays. Débute alors une présidence parsemée de troubles : malgré l'accord de paix signé en juin 2015 par le gouvernement et les rebelles du Nord, le Mali reste en proie aux violences des groupes djihadistes. Mais aussi aux trafics qui fragilisent l'autorité de l'Etat, ou encore aux tensions intercommunautaires entre les Peuls, majoritairement éleveurs, et les ethnies bambara et dogon pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs "groupes d'autodéfense".

Coalition de djihadistes

C'est dans ce contexte que les attaques se multiplient contre les forces maliennes ou étrangères et que Sophie Pétronin est enlevée. En mars 2017, les djihadistes liés à Aqmi, dont les groupes de l'Algérien Mohktar Belmokhtar et du prédicateur radical peul Amadou Koufa, se fédèrent en un "Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans" (GSIM), dirigé par Iyad Ag Ghaly. Cette coalition a depuis revendiqué la plupart des attentats dans cette partie du Sahel. En janvier 2020, après des mois à subir des revers, Emmanuel Macron et ses homologues du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) décident de coordonner leur action militaire en la concentrant sur la zone des "trois frontières" (Mali, Niger, Burkina), et en visant en priorité l'EIGS (Etat islamique au Grand Sahara).

Cette réponse commune se révèle payante : Paris a revendiqué depuis le début de l'année la "neutralisation" de plusieurs dizaines de djihadistes, dont en juin l'émir d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l'Algérien Abdelmalek Droukdal. Mais le Mali, lui, s'enfonce dans la crise. Et ce, dans le sillage des élections législatives en avril : le chef de l'opposition, Soumaïla Cissé, est enlevé juste avant le premier tour. Le camp présidentiel sort majoritaire des élections mais très affaibli, la Cour constitutionnelle inversant une trentaine de résultats, dont une dizaine au profit du parti d'"IBK". Un camouflet de trop pour l'opposition, qui va animer un mouvement de contestation. Le but ? Obtenir la démission du chef de l'Etat, accusé avec son entourage de corruption et de népotisme.

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"IBK" débarqué par les militaires

Le stade de non-retour est atteint dans la nuit du 18 au 19 août 2020 : le président Keïta annonce sa démission, celle de son gouvernement et la dissolution du parlement, quelques heures après avoir été arrêté par des militaires en révolte. Ces militaires, malgré les critiques internationales et les sanctions, sont actuellement toujours au pouvoir et se sont engagé à mener une transition dans un délai de 18 mois.

Effet collatéral du putsch : la France, très présente au Mali où 5000 soldats luttent toujours contre les djihadistes dans le cadre de l'opération Barkhane, est plus fragilisée que jamais. Le départ forcé d'"IBK" prive en effet Paris de l'un de ses principaux interlocuteurs au Sahel depuis 2013. Et le coup de force des militaires - et l'imbroglio politique qui risque de s'ensuivre – complique le travail sur place des diplomates et militaires français. 


Thomas Guien

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