Madagascar veut imposer la castration aux violeurs d'enfants, Amnesty dénonce une loi "inhumaine"

par A. LG avec AFP
Publié le 9 février 2024 à 17h52

Source : Sujet TF1 Info

Madagascar a voté un texte de loi cette semaine pour imposer des peines de castration chirurgicale ou chimique aux violeurs de mineurs condamnés.
Une mesure jugée "cruelle, inhumaine et dégradante" par Amnesty International.

"Un traitement cruel, inhumain et dégradant". Amnesty International a vivement l'adoption d'un texte début février par l'Assemblée nationale de Madagascar puis mercredi par le Sénat, prévoyant d'imposer des peines de castration chirurgicale ou chimique aux violeurs de mineurs condamnés. 

Estimant que la castration chimique ou chirurgicale "ne résoudra pas" la question des viols d'enfants, l'ONG a appelé Antananarivo à "abroger" ce texte qui doit encore être validé par la Haute cour constitutionnelle (HCC), avant que le président Andry Rajoelina ne le promulgue. 

"Un préjudice grave et irréversible"

Plus en détail, ce dernier prévoit une peine de castration chirurgicale "à l'encontre des auteurs de viol commis sur un enfant de moins de dix ans", selon l'amendement consulté par l'AFP mais aussi la castration "chimique ou chirurgicale" contre les violeurs d'enfants âgés de 10 à 13 ans. Et chimique pour les violeurs de mineurs entre 13 et 18 ans.  Cette mesure n'est par ailleurs, toujours selon l'ONG, "pas compatible avec les dispositions constitutionnelles malgaches contre la torture et les mauvais traitements, ainsi qu'avec les normes régionales et internationales relatives aux droits humains".

Nciko wa Nciko, conseiller pour Madagascar chez Amnesty, regrette notamment que ce texte, qui pose un "problème éthique", ne soit "pas axé sur les victimes". Il fait aussi valoir le fait que "la castration cause un préjudice grave et irréversible. Et on peut avoir des cas où un individu est reconnu coupable et la justice revient sur le verdict et l'innocente".

Madagascar, grande île de l'océan Indien, "est un pays souverain qui a parfaitement le droit de modifier ses lois" dans l'intérêt général, a défendu la ministre de la Justice, Landy Mbolatiana Randriamanantenasoa, vendredi. "Face à la recrudescence du viol, il a fallu agir" pour "freiner" le phénomène, a-t-elle ajouté, précisant que l'an dernier 600 cas de viols de mineurs avaient été recensés. "Avant, la peine minimum était de cinq ans" de prison, "on a rajouté une peine complémentaire de castration", qui sera prononcée par le juge en complément, a-t-elle précisé.

Jessica Lolonirina Nivoseheno, du mouvement "Women Break the Silence", estime qu'il existe une "culture du viol" dans l'île, où beaucoup de cas "se règlent en famille et à l'amiable", et que les mesures de castration pourraient se montrer "dissuasives".


A. LG avec AFP

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