Iran : la révolte du voile

VIDÉO - Iran : des étudiants cibles d'une répression sur un campus de Téhéran

Maëlane Loaëc
Publié le 3 octobre 2022 à 10h30
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

La prestigieuse université de la capitale iranienne a été ciblée par les forces de sécurité du gouvernement.
Des tirs ont été entendus, de nombreux étudiants auraient été bloqués à l'intérieur et des dizaines d'entre eux arrêtés.
Les médias d'État relatent de leur côté des "affrontements".

Alors que la protestation iranienne continue d'embraser le pays, des scènes d'effroi se seraient déroulées dimanche soir dans une université de la capitale. De nombreuses vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux montrant des forces de sécurité s'attaquant au campus Sharif, à Téhéran. Des manifestations ont éclaté ce week-end dans cet établissement - et plusieurs autres - pour dénoncer la répression meurtrière du mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini, une jeune femme décédée peu de temps après avoir été arrêtée par la police des mœurs iranienne.

Les cours en présentiel ont été suspendus à Sharif à partir de lundi après des violents incidents. "L'Université de technologie Sharif a annoncé qu'en raison des événements récents et de la nécessité de protéger les étudiants (...), tous les cours se dérouleront virtuellement à partir du lundi", a indiqué l'agence de presse Mehr. Selon elle, 200 étudiants se sont rassemblés dimanche après-midi à l'Université de technologie Sharif et ont scandé des slogans hostiles au système religieux en vigueur en République islamique ainsi que "femme, vie, liberté" ou "les étudiants préfèrent la mort à l'humiliation"

Scènes de panique et de violence

Selon des journalistes et associations, des étudiants auraient été encerclés le soir venu par des forces anti-émeute, bloqués à l'intérieur du site. Les vidéos qui circulent en ligne dévoilent de nombreuses personnes tentant de fuir, tandis qu'on entend des détonations d'armes à feu. D'après l'agence Mehr, les policiers ont tiré au paintball, des billes d'acier ainsi que des gaz lacrymogènes. 

Sur l'une des vidéos, des jeunes femmes et jeunes hommes se précipitent en criant pour traverser le parking souterrain de l'université, poursuivis par les forces de sécurité. 

Les personnes blessées par des tirs auraient été ensuite arrêtées et emmenées. Même certains professeurs qui étaient présents sur le campus ont été pris à partie, selon la chaîne de télévision Iran International, qui diffuse depuis Londres. Elle relate également que des forces de sécurité ou des vigiles ont attaqué les dortoirs, tirant selon elle des coups de feu sur les fenêtres alors que les étudiants étaient à l'intérieur. Bien que la situation reste confuse, au moins 100 étudiants ont été arrêtés et de nombreux autres battus par les forces de sécurité, toujours d'après Iran International. 

La chaîne ajoute que des milliers de protestataires ont accouru aux abords de l'université et devant son entrée principale aux alentours de 22 heures (heure locale), pour éviter que des exécutions sommaires ou des démonstrations de violence n'aient lieu. Des forces de sécurité en civil et des policiers étaient stationnés dimanche soir devant l'entrée nord du site, selon l'agence Mehr. Des vidéos montrent des forces de sécurité arrêtant des personnes dans les rues attenantes au campus pour les emmener à bord de motos. 

Des habitants particulièrement inquiets à cause d'un précédent historique sur le même site : "en juillet 1999, à la suite d’un mouvement de protestation des étudiants de Téhéran, le dortoir de l’université avait été attaqué par les Basijs faisant plusieurs morts", rappelle sur Twitter Farid Vahid, directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean Jaurès. Les Basij sont une force paramilitaire iranienne, fondée par l'ayatollah Khomeini en 1979. 

Pour calmer la situation, le ministre des Sciences est entré à l'université pour parler avec les étudiants et entamé un dialogue avec les forces stationnées autour de l'établissement, a affirmé l'agence Mehr. Les médias d'État iraniens ont ainsi décrit de leur côté des "rapports d'affrontements" au niveau de l'établissement, rapporte The Guardian. Selon le journal britannique, l'université Sharif, l'une des plus prestigieuses d'Iran, est traditionnellement identifiée comme un foyer de dissidence. 

Les universités se soulèvent

Ces scènes de violence clôturent un week-end marqué par des contestations dans plusieurs campus iraniens, malgré la sanglante répression que le gouvernement oppose aux manifestants. La jeunesse est particulièrement mobilisée et semble se libérer des normes religieuses et sociales traditionnelles du pays, relève Iran International. "Des étudiants ont manifesté samedi dans des universités pour dénoncer les agissements de la police envers les protestataires", a indiqué l'agence de presse iranienne Fars, sans préciser où ont eu lieu ces manifestations, ni leur ampleur. 

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Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos vérifiées par l'AFP ont circulé samedi montrant en effet des rassemblements dans des établissements au son de slogans de la contestation, notamment à Téhéran : "La ville est noyée dans le sang, mais nos professeurs gardent le silence !", ont scandé des manifestants devant l'université de Karaj, à l'ouest de Téhéran, selon une vidéo diffusée par l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo. Des protestations ont aussi eu lieu dans la ville sainte de Machhad, dans le nord-est, deuxième ville du pays. Ces protestations se seraient poursuivies dimanche à Téhéran, Yazd, Kermanshah, Sanandaj, Shiraz et Mashhad, selon plusieurs publications. 

Au moins 133 manifestants ont été tués depuis le début du mouvement, a indiqué dimanche l'association, tandis que l'agence Fars fait état de son côté d'environ 60 morts. Par ailleurs, plus de 1200 manifestants ont été arrêtés, d'après un bilan officiel. Des militants, des avocats et des journalistes ont également été interpellés, selon des ONG.


Maëlane Loaëc

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