Marche des Fiertés : à Istanbul, 200 manifestants violemment interpellés par la police

Benoit Leroy (avec AFP)
Publié le 27 juin 2022 à 6h30
JT Perso

Source : TF1 Info

Comme depuis plusieurs années, la Marche des Fiertés était interdite en Turquie.
Les militants pro-LGBT dénoncent des "discriminations".
Le parti d'Erdogan, au pouvoir, est profondément hostile aux droits des individus LGBT.

Plus de 200 personnes interpellées dans les rues d'Istanbul, dimanche 26 juin. Le motif invoqué par les autorités : elles voulaient participer à la Marche des Fiertés. Malheureusement, celle-ci était interdite par le pouvoir en place, pour "des raisons de sécurité". Une telle répression était attendue, puisque avant même le début du rassemblement, la police antiémeute avait effectué une descente musclée dans les cafés et les rues du quartier de Cihangir, autour de l'emblématique place Taksim, arrêtant les personnes qui s'y trouvaient.

Selon le comptage des organisateurs de la marche, quelque 200 personnes ont, au total, été appréhendées en plusieurs vagues. Certaines, dont le photographe de l'AFP Bülent Kilic, ont été relâchées peu avant 23h00, soit plus de six heures après leur interpellation. Tous n'ont pas eu cette chance. La plupart des personnes appréhendées étaient encore aux mains de la police, en fin de soirée dimanche, selon les organisateurs de la marche et l'association de défense des droits LGBTQ+, Kaos LG. 

Comme chaque année désormais, la Marche des Fiertés avait été interdite par le gouverneur de la ville, mais des centaines de manifestants brandissant des drapeaux arc-en-ciel s'étaient rassemblés dans les rues adjacentes à la place Taksim, entièrement fermée au public. Depuis un spectaculaire défilé en 2014 de plus de 100.000 personnes à Istanbul, les autorités turques ont progressivement interdit la Marche des Fiertés, avançant des raisons de sécurité.

L'homosexualité encore taboue en Turquie

"On essaie de nous interdire, de nous empêcher, de nous infliger des discriminations et même de nous tuer à chaque minute de notre existence", a confié à l'AFP Diren, 22 ans. "Aujourd'hui, c'est l'occasion de défendre nos droits, de crier qu'on existe : jamais vous n'arriverez à arrêter les queers", ajoute Diren, utilisant un terme qui désigne toute forme d'alter-sexualité.

L'homosexualité, dépénalisée en Turquie depuis le milieu du XIXe siècle (1858), n'est pas interdite, mais reste largement soumise à l'opprobre sociale et à l'hostilité du parti islamo-conservateur au pouvoir, l'AKP, et à celle du gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan. Un ministre a traité par le passé les homosexuels de "détraqués".

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En 2020, la plateforme Netflix avait été contrainte de renoncer à la production d'une série en Turquie parce qu'elle présentait un personnage gay et n'avait pas obtenu le feu vert des autorités. La même année, la marque française d'équipements et de vêtements sportifs Decathlon avait fait l'objet d'appels au boycott en Turquie pour avoir véhiculé dans ses campagnes des messages de soutien aux communautés LGBT.


Benoit Leroy (avec AFP)

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