Massacre d'Utoya : le témoignage d'une psychiatre ruine les chances de libération anticipée de Breivik

M.G avec AFP
Publié le 19 janvier 2022 à 18h21
JT Perso

Source : TF1 Info

JUSTICE - Déjà faibles, les chances d'une libération anticipée du néonazi Anders Behring Breivik se sont encore amenuisées ce mercredi. Une psychiatre l'a présenté comme toujours aussi dangereux qu'à l'époque où il avait tué plus de 70 personnes.

Une nouvelle certainement synonyme de soulagement pour de nombreux Norvégiens. L'extrémiste de droite, Anders Behring Breivik, a réclamé mardi une remise en liberté anticipée. Il dit avoir renoncé à la violence après avoir, le 22 juillet 2011, fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, faisant huit victimes. Il avait ensuite tué 69 autres personnes, des adolescents pour la plupart, après avoir ouvert le feu sur un camp d’été de la Jeunesse travailliste sur l’île d’Utoya. "Comme dans tout autre État de droit, un condamné a le droit de demander sa libération conditionnelle et Breivik a décidé de faire usage de ce droit", a déclaré son avocat, Oystein Storrvik, à l'AFP.

"Le même diagnostic que celui qu'il a toujours eu"

Cette procédure, déjà vouée à l'échec, a pris du plomb dans l'aile ce mercredi avec le témoignage clé d'une psychiatre, seule experte à être appelée à la barre cette semaine. Celle-ci présente le néo-nazi de 42 ans comme toujours aussi dangereux qu'au moment des faits. "J'estime que Breivik a le même diagnostic que celui qu'il a toujours eu", a ainsi déclaré Randi Rosenqvist devant le tribunal du Telemark au deuxième jour d'une procédure délocalisée, pour des raisons de sécurité, dans le gymnase de la prison de Skien (sud) où le détenu purge sa peine. "Le risque de futurs actes violents n'a pas changé par rapport à 2012 et 2013 quand j'ai rédigé ma première évaluation", souligne-t-elle. La médecin ajoute que le meurtrier souffre de troubles de la personnalité qu'elle a décrite comme "asociale, histrionique et narcissique" et manquant d'empathie. Cela aurait "très peu de chances de fonctionner" dans la société en cas de libération, conclut-elle. Une intervention qui a suscité plusieurs rires de la part du principal intéressé, habituellement placide. 

Il y a un danger important pour qu'il commette à nouveau des crimes semblables

Emily Krokann

Parallèlement, les autorités pénitentiaires ont mis en avant l'absence de remords crédibles de Breivik et ses tentatives continues de diffuser son idéologie. Selon elles, les conditions d'une libération conditionnelle ne sont pas réunies. "La prison estime qu'il y a un danger important pour qu'il commette à nouveau des crimes semblables à ceux pour lesquels il a été condamné, s'il est libéré à ce stade", confirme une conseillère juridique de la prison de Skien, Emily Krokann.

Avec ses saluts hitlériens, écriteaux à caractère politique et tirades idéologiques, le détenu a conforté les craintes collectives. Celui-ci a pourtant assuré, qu'en cas de libération anticipée, il continuerait son engagement pro-nazi, mais par des voies pacifiques. "Quelqu'un qui a été jugé pour un acte criminel ne peut jamais garantir qu'il ne le refera jamais parce que cela dépend de la société, si elle lui donne une chance ou pas", a-t-il témoigné mercredi devant les trois juges. D'un autre côté, il s'est plaint de ses conditions de détention, disant être traité "comme un animal", faute de contacts suffisants avec le monde extérieur. Pour rappel, en prison, il dispose de trois cellules aménagées de sorte notamment qu'il puisse y suivre des études et faire des exercices physiques. 

Cette demande de libération conditionnelle a choqué en Norvège, où familles des victimes, rescapés et experts redoutaient qu'il fasse de la procédure une tribune politique retransmise en direct par certains médias.

En cas de rejet par les juges, Breiveik pourra, à nouveau, demander sa libération conditionnelle dans un an. 


M.G avec AFP

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