"Mauvaise mémoire" de Joe Biden : comment, avec l'article 25 de la Constitution, ses adversaires espèrent l'écarter du pouvoir

Publié le 9 février 2024 à 12h52, mis à jour le 12 février 2024 à 15h32

Source : TF1 Info

Un procureur spécial a émaillé un rapport, publié jeudi, de commentaires sur les facultés de Joe Biden à exercer le pouvoir.
Des figures du camp conservateur ont rapidement réclamé la mise en œuvre du 25ᵉ amendement de la Constitution.
Celui-ci permet de mettre fin aux fonctions du président si ce dernier n'est plus en mesure de les assumer.

"Comment diable ose-t-il ?". C'est un Joe Biden visiblement ému qui, jeudi 8 février au soir, a fustigé le rapport du procureur spécial Robert Hur. Ce dernier, chargé d'enquêter sur des documents confidentiels détenus par celui qui n'était pas encore président, a estimé que le démocrate avait désormais "une mauvaise mémoire". Notamment car il ne se souviendrait pas de l'année du décès de son fils aîné, Beau. Une aubaine pour le camp républicain, lequel a aussitôt invoqué le 25e amendement de la Constitution américaine pour pointer du doigt l'inaptitude de Joe Biden à la présidence.

"Un homme jugé trop dans l'incapacité pour pouvoir être tenu responsable de mauvaise gestion d'informations classifiées est assurément inapte pour le Bureau ovale" de la Maison Blanche, a asséné l'état-major républicain à la Chambre des représentants. Au sein du parti, des nombreuses voix s'élèvent, réclamant d'utiliser le 25e amendement pour écarter du pouvoir le président, âgé de 81 ans. Notamment Marjorie Taylor Greene, fidèle de Donald Trump, qui affirme : "Si Joe Biden n'est pas capable de faire face à un procès, il n'est certainement pas en mesure, mentalement, d'être président des États-Unis."

Un amendement déjà évoqué... avec Donald Trump

Véritable serpent de mer de la vie politique américaine, cet amendement est tout sauf théorique : adopté en 1967 après l'assassinat du président John F. Kennedy, il précise les modalités de transfert des pouvoirs exécutifs en cas de démission, de décès, de destitution ou d'incapacité temporaire du locataire de la Maison Blanche. Depuis un demi-siècle, cet amendement a déjà été utilisé. Notamment lors de la démission de Richard Nixon en 1974 et, de manière temporaire, lors d'hospitalisations des présidents Ronald Reagan et George W. Bush. 

Plus récemment, en 2021, quand Donald Trump a été transféré à l'hôpital après avoir été contaminé par le Covid-19, l'utilisation du 25e amendement avait été évoquée. Mais le président républicain n'avait pas souhaité confier les rênes du pouvoir à son numéro deux, Mike Pence, et était rapidement revenu aux affaires.

Trois ans plus tard, les républicains peuvent-ils renverser Joe Biden ? Certains le pensent. Suggérant d'utiliser l'article 4 du 25e amendement. Contrairement à l'article 3, qui permet au président de confier lui-même le pouvoir à son vice-président quand il est physiquement incapable de l'exercer, l'article 4 donne la main au reste de l'exécutif. Concrètement, le vice-président, soutenu par une majorité des membres du cabinet, peut déclarer le président "inapte" à remplir ses fonctions. Il doit alors adresser une déclaration écrite aux présidents de la Chambre des représentants et du Sénat. Il revient au Congrès de lui confier l'intérim de la présidence, par un vote aux deux tiers des deux chambres. Problème : cela n'est jamais arrivé. Si l'article 3 a été utilisé par Ronald Reagan en 1985 et par George W. Bush en 2002 et 2007, avant des interventions sous anesthésie générale, l'article 4 n'a jamais servi.

Une dernière voie reste néanmoins possible. Si le vice-président refuse de s'engager dans cette voie, le Congrès conserve une carte : la procédure de destitution. Cette dernière peut être enclenchée par Mike Johnson, un républicain qui est à la tête de l'institution depuis octobre dernier. Reste que cette procédure est longue et, à huit mois de l'élection présidentielle, a peu de chance d'aboutir. 


Thomas GUIEN

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