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Shinzo Abe : un assassinat si brutal qu'il réveille les sphères complotistes

Felicia Sideris
Publié le 8 juillet 2022 à 19h03
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Source : Le 9h/12h

L'assassinat de l'ancien Premier ministre japonais ce vendredi a provoqué une vague de fausses informations.
Certains crient à la "mise en scène", quand d'autres mettent en cause un suspect coréen.
Retour sur la vague de désinformation ayant suivi quasi-instantanément la mort de Shinzo Abe.

C'est devenu un réflexe, ou presque, chez certains. Chaque événement tragique s'accompagne désormais de la propagation de faits "alternatifs". Moins d'une heure après l'attaque de l'ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe, une multitude d'hypothèses sont apparues en ligne pour commenter l'assassinat qui a eu lieu ce vendredi 8 juillet. Des explications qui vont toutes à l'encontre des preuves factuelles et des explications rationnelles. 

Une "mise en scène" à la centaine d'acteurs

La scène qui s'est déroulée ce vendredi en a sidéré plus d'un. En plein discours de campagne, l'ancien chef de l'exécutif s'est écroulé après que deux coups de feu ont été entendus. Un événement d'autant plus invraisemblable que le Japon est une nation où les armes à feu font l'objet d'un contrôle parmi les plus stricts au monde. Si bien que certains ont refusé de croire qu'il s'agissait de coups de fusil. Sur les réseaux sociaux japonais, les vidéos de l'attaque qui circulaient en ligne avant que Twitter et Meta annoncent leur retrait ont ainsi été détournées. 

Images pixelisées à l'appui, des internautes ont assuré ne "pas voir de sang" – malgré les nombreuses photos de traces pourpres sur la chemise blanche de la victime - quand d'autres sont allés encore plus loin, évoquant de la "peinture". Une même idée derrière ces accusations : il s'agirait d'une mise en scène. 

Seulement, ces soupçons ne résistent pas aux témoignages des nombreux spectateurs, responsables politiques et soignants témoins de l'événement. L'assassinat a en effet eu lieu lors d'un événement politique dans la région de Nara, à l'ouest du pays, suivi par plusieurs médias locaux. Une source du Parti libéral démocrate (PLD) a par exemple vu l'ancien Premier ministre s'effondrer et saigner du cou, selon son témoignage à l'agence de presse Jiji. La télévision japonaise a par ailleurs filmé l'intégralité du discours. 

L'ancien chef de l'exécutif a été emmené à l'hôpital, où il a été pris en charge par une équipe de soignants, dont Hidetada Fukushima, professeur de médecine d'urgence de l'établissement. Pour que la théorie complotiste des internautes tienne debout, il faudrait que les dizaines de témoins directs, la totalité des médias japonais et l'équipe de cet hôpital aient tous acceptés d'orchestrer cette attaque afin de manipuler l'opinion publique. C'est un euphémisme de dire que les ficelles sont un peu grosses. 

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De plus, un faux compte se revendiquant être lié à Yahoo News a publié un canular pour faire le buzz. D'après un message de l'entreprise, qui a alerté sur cette fausse information, le compte Twitter aurait publié des informations selon lesquelles le Premier ministre était décédé des suites de "lésions viscérales et d'hémorragies causées par un coup de fusil de chasse". 

Une rumeur qui vise les Coréens

Au-delà de plonger les internautes dans une vérité alternative, la désinformation peut également se révéler dangereuse. Parmi les rumeurs qui se sont rapidement répandues sur les réseaux sociaux, figure celle selon laquelle l'homme arrêté n'était pas le vrai suspect. Et que le coupable serait en réalité issu de la communauté des Zainichi, les Coréens du Japon. Une théorie fondée sur un seul critère raciste. Au Japon, pointer du doigt ce groupe ethnique est un "acte de discrimination typique et malveillant qui se répète chaque fois qu'un incident grave se produit", d'après les explications de Buzz Feed

Là encore, l'identité du responsable fait peu de doute. L'homme interpellé par les forces de l'ordre a en effet été pris en flagrant délit, tirant à bout portant. Il s'agit de Tetsuya Yamagami, un chômeur de 41 ans originaire de Nara. Il a avoué plus tard avoir commis le crime, d'après un haut responsable de la police de cette région japonaise. Mais le mal est déjà fait. 

La rumeur selon laquelle il s'agirait d'un Coréen a poussé un consulat de Corée du Sud à mettre en garde ses ressortissants contre de possibles "crimes haineux" à leur encontre.

Si ceux qui relaient de fausses informations se font simplement prendre au piège, leurs auteurs ont quant à eux des intentions cachées. Certains veulent propager une vision alternative du monde, en pleine ère de la post-vérité, quand d'autres sont à la recherche du buzz. Sans oublier ceux qui, de façon ordinaire, cherchent à attiser les haines. 

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Felicia Sideris

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