Migrants refoulés en Grèce : le rapport qui accable Frontex

Frédéric Senneville
Publié le 28 juillet 2022 à 18h27
JT Perso

Source : JT 13h WE

Un rapport remis en février à la Commission européenne est accablant pour l'agence Frontex.
L'organe de surveillance des frontières aurait couvert des refoulements illégaux de migrants par la Grèce.
Certains bateaux grecs, financés par Frontex, en auraient même directement pratiqué plusieurs.

Le rapport est encore confidentiel. Remis à la Commission européenne en février dernier, à la suite d'une enquête de l'Office européen de la lutte contre la fraude (Olaf), il serait accablant pour Frontex. L'agence européenne de surveillance des frontières aurait eu connaissance de renvois illégaux de migrants par les autorités grecques, sans les dénoncer, et aurait même co-financé certains de ces refoulements. 

Si l'on sait que le rapport est au moins une des causes de la chute de l'ancien directeur de Frontex en avril dernier, le Français Fabrice Leggeri, il n'a été lu que par un nombre restreint de responsables européens, et n'a toujours pas été transmis aux Parlementaires qui le réclament.

Plusieurs journaux européens, dont Le Monde, en publient, ce jeudi, des extraits qui jettent une lumière crue sur les pratiques de Frontex, notamment à la frontière orientale de l'Union européenne, en Grèce. Après un an d'enquête, l'Olaf semble ainsi confirmer les accusations portées de longue date contre les garde-côtes grecs, qui refoulent souvent sans ménagement, et illégalement, les migrants vers la Turquie. 

Une volonté assumée de "ne pas être témoin"

Selon un exemple cité dans le rapport, en août 2020, les garde-côtes grecs ont ainsi tracté un canot pneumatique avec 30 migrants à son bord, jusqu'aux eaux territoriales turques. Un acte brutal et illégal selon le droit européen, filmé par un avion de Frontex en patrouille. Pourtant, l'agence européenne a choisi ce moment pour réaffecter ailleurs ses appareils déployés en mer Égée, et a passé l'incident sous silence. 

Une note attesterait même de la volonté de "ne pas être témoin" de ce type de pratiques. Des enquêtes diligentées par Frontex auraient même conclu à de "probables 'pushbacks'" ("refoulements", NDLR) tolérés par les autorités grecques. Des rapports que l'agence européenne a préféré conserver en interne. De leur côté, les dirigeants grecs ont généralement attribué les allégations de brutalités et de refoulement illégaux à la propagande turque.

"Des progrès sur le terrain"

L'Olaf rapporte aussi qu'au moins six bateaux grecs, financés en partie par Frontex, seraient impliqués dans plus d'une dizaine de ces refoulements illégaux, franchissant un degré supplémentaire dans la responsabilité de l'agence. Interrogée sur la publication des extraits du rapport, une porte-parole de la Commission a souligné qu'une "série de mesures" avaient déjà été prises, depuis le changement de gouvernance à la tête de l'agence, qui auraient déjà entraîné "des progrès sur le terrain".

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En sept ans à la tête de Frontex, Fabrice Leggeri avait accompagné le renforcement de l'agence, qui a été considérablement musclée et dont les effectifs - dont des agents désormais armés - doivent atteindre 10.000 gardes-côtes et gardes-frontières d'ici à 2027. Jusqu'à sa démission en avril dernier, il a toujours nié "la participation directe ou indirecte de Frontex" dans les refoulements de migrants.


Frédéric Senneville

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