Guerre en Ukraine : qui a tiré des missiles sur la Pologne ?

La Pologne frappée par une chute de missile : le point sur la situation

M.L (avec AFP)
Publié le 16 novembre 2022 à 15h53
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Source : JT 13h Semaine

Deux hommes ont été tués dans une explosion dans un village polonais près de la frontière avec l'Ukraine.
Un "accident malheureux", selon Varsovie, qui serait très certainement dû à un tir antiaérien des forces ukrainiennes.
La Russie nie fermement toute implication, tandis que Kiev a demandé "un accès immédiat" au site pour contribuer à l'enquête.

Près de 24 heures après la frappe, un scénario se dessine de plus en plus précisément. La Pologne a essuyé mardi une chute de missile sur le village de Przewodow, près de la frontière ukrainienne, dans le sud-est du pays, faisant deux morts. La Russie a nié mercredi être responsable de cette explosion, tandis que le président polonais a lui-même jugé "hautement probable" qu'il s'agissait en fait d'un projectile antiaérien ukrainien, "un accident malheureux".

Le missile a tué deux hommes en frappant un bâtiment agricole mardi vers 14h40, laissant la Pologne sous le choc, son armée en état d'alerte renforcé, et faisant craindre une nouvelle escalade dans le conflit. La tension a toutefois légèrement décru à la mi-journée mercredi. "Rien n'indique qu'il s'agissait d'une attaque intentionnelle contre la Pologne", a affirmé mercredi à la presse le chef de l'État, Andrzej Duda. "Il y a une forte probabilité qu'il s'agisse d'un missile qui a simplement été utilisé par la défense antimissile ukrainienne."

"Pas d'indication d'une attaque délibérée"

Il n'y a "pas d'indication d'une attaque délibérée" en Pologne, a abondé de son côté Jens Stoltenberg, le chef de l'Otan, dont Varsovie fait partie. Les ambassadeurs des pays membres de l'Alliance atlantique se sont réunis en urgence mercredi à Bruxelles. Le gouvernement polonais n'a finalement pas déclenché l'article 4 de la charte de l'Alliance, une option qu'elle conserve toutefois, a précisé son Premier ministre, Mateusz Morawiecki, qui a quant à lui évoqué l'hypothèse d'une "provocation" de Moscou visant à créer "une hostilité entre la Pologne et l'Ukraine", tout en restant très prudent sur cette théorie et rappelant qu'"une attaque intentionnelle" était écartée.

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Les autorités belges avaient déjà jugé quelques minutes plus tôt que le tir serait le résultat de systèmes ukrainiens de défense anti-aérienne, utilisés pour "contrer des missiles russes". Depuis Bali, en Indonésie, où le G20 était réuni en sommet, le président américain Joe Biden avait aussi estimé "improbable" que le missile ait été tiré par la Russie, plusieurs heures auparavant. Il a dit attendre "que nous puissions déterminer ce qu'il s'est passé exactement" avant de décider d'une réaction, à l'issue d'une réunion d'urgence mercredi des dirigeants des grandes puissances du G7.

Saluant la "retenue" de la réaction américaine, Moscou a nié toute implication dans l'incident en Pologne. "Les frappes de haute précision n'ont été menées que sur le territoire de l'Ukraine à une distance supérieure à 35 kilomètres de la frontière ukraino-polonaise", a déclaré dans un communiqué le ministère russe de la Défense, selon qui "les débris retrouvés en Pologne "ont été identifiés de manière catégorique par des spécialistes russes (...) comme un élément d'un missile guidé antiaérien des systèmes de défense antiaérienne S-300 des forces armées ukrainiennes".

L'Ukraine prête à prendre part à l'enquête

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait de son côté rapidement rejeté la responsabilité sur Moscou : la frappe du missile en Pologne "n'est rien d'autre qu'un message de la Russie adressé au sommet du G20", a-t-il estimé mercredi par visioconférence devant les dirigeants réunis à Bali. Son chef de la diplomatie avait même qualifié de "théories du complot" les allégations selon lesquelles il pourrait s'agir d'un missile ukrainien.

Suite aux premières révélations de Varsovie, Kiev a indiqué vouloir prendre part directement à l'enquête sur les circonstances de l'explosion. "L'Ukraine demande un accès immédiat au site de la frappe pour les représentants de la Défense et des garde-frontières", a ensuite réclamé sur Twitter le secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense ukrainien, Oleksiï Danilov, qui a dit souhaiter "un examen conjoint de l'incident". L'armée de l'air ukrainienne fera "tout" pour coopérer aux investigations, a assuré son porte-parole, Yurii Ihnat, selon des propos rapportés par CNN

"Nous n'avons rien à cacher, à dissimuler", a assuré sur LCI Iryna Vereschuck, vice-première ministre ukrainienne (vidéo ci-dessous). "Nous sommes prêts à tous les dialogues mais toute la responsabilité doit être sur les épaules de la Russie", a-t-elle insisté. 

Pologne : la vice-première ministre ukrainienne réagit sur LCISource : TF1 Info

Pour sa part, Emmanuel Macron a déclaré depuis Bali, à l'issue du sommet du G20, rester "extrêmement prudent" sur les origines du missile, disant vouloir faire "pleine clarté" sur la frappe. Paris avait déjà appelé plus tôt à "la plus grande prudence". Le chancelier allemand Olaf Scholz a réclamé une "enquête minutieuse" et mis en garde contre les jugements "hâtifs". Du côté du Royaume-Uni, le Premier ministre Rishi Sunak a estimé que la frappe, quel qu'en soit l'auteur, "n'aurait pas eu lieu sans l'invasion de l'Ukraine par la Russie", soulignant l'intensité des bombardements russes au moment de l'incident.

Du côté de la Chine, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a exhorté "toutes les parties concernées" à "rester calmes et faire preuve de retenue afin d'éviter une escalade". Par la voix de son secrétaire général Antonio Guterres, l'ONU a jugé "absolument essentiel d'éviter l'escalade de la guerre en Ukraine", réclamant une "enquête approfondie".


M.L (avec AFP)

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