Mort de Benoît XVI, le pape qui avait renoncé

F.R. avec AFP
Publié le 31 décembre 2022 à 10h55

Source : TF1 Info

À 95 ans, l'ancien souverain pontife s'est éteint, ce samedi 31 décembre.
Élu pape en 2005, il a renoncé en 2013, pour des raisons de santé, un geste inédit depuis 700 ans.
Son pontificat, marqué par de nombreuses crises, a été entaché par le drame de la pédocriminalité dans l'Église.

Joseph Ratzinger, dit Benoît XVI, s'est éteint, ce samedi 31 décembre. L'ancien souverain pontife, à la tête de l'Église catholique entre 2005 et 2013, est mort à l'âge de 95 ans, laissant derrière lui un héritage contrasté. Premier pape allemand de l'Histoire moderne, il a également été le premier pape à renoncer à son titre, pour des raisons de santé. Un geste inédit depuis 700 ans, qui a ouvert la voie à ses successeurs dont les forces viendraient à décliner. À 86 ans, le pape François, souffrant de douleurs au genou qui l'empêchent de voyager comme il le souhaite, a d'ailleurs lui-même laissé "ouverte" cette possibilité.

Né le 16 avril 1927 à Marktl, dans l'État libre de Bavière, au sein d'une famille modeste, Benoît XVI passe son enfance à Traustein, petite ville proche de la frontière autrichienne. Son père, commissaire de gendarmerie et sa mère, cuisinière dans des hôtels avant son mariage, sont tous deux opposés au nazisme. Dès ses 14 ans, il est enrôlé de force dans les jeunesses hitlériennes, avant de refuser d'intégrer la Waffen-SS, en évoquant son désir de devenir prêtre. Affecté à la Wehrmacht, il déserte en apprenant le suicide de Hitler. Après un séjour de six semaines dans un camp de prisonniers de guerre pour désertion, et alors que la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin, il commence sa formation de prêtre.

Une carrière de théologien avant de devenir archevêque

Entre 1946 et 1951, Joseph Ratzinger étudie la philosophie et la théologie à Freising, ainsi qu'à l'Université de Munich. Il est ordonné prêtre le 29 juin 1951, en même temps que son frère Georg. Un an plus tard, il est nommé professeur au séminaire de Freising, et passe sa thèse de doctorat en 1953. 

En 1957, il devient maître de conférences à Munich, puis enseignant de dogmatique et de théologie fondamentale à Freising, avant de poursuivre sa carrière d'enseignant à Bonn, à Münster et à Tübingen. En 1969, il devient titulaire de la chaire de dogmatique et d'histoire des dogmes à l'université de Ratisbonne, où il assure le poste de vice-président de l'établissement. Reconnu comme l'un des plus grands théologiens en Allemagne, il est nommé à la commission théologique internationale par le pape Paul VI, en 1972. 

Cinq ans plus tard, il devient archevêque de Munich et de Fresing, puis cardinal-prêtre. Le 25 novembre 1981, Jean-Paul II le nomme préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et il devient ainsi le strict gardien du dogme de l'Église. Le 5 avril 1993, il est promu cardinal-évêque.

Un héritage contrasté

Après la mort de Jean-Paul II, à la suite d'un conclave d'à peine plus de vingt-quatre heures, le 19 avril 2005, la fumée blanche s'échappe du toit de la chapelle Sixtine. Le cardinal Ratzinger, désormais Benoît XVI, devient le 265e pape. À 78 ans, c'est le souverain pontife le plus âgé depuis Clément XII, en 1730. C'est également le premier pape d'origine germanique depuis le XVIe siècle.

Plus timide que Jean-Paul II, moins à l'aise face aux caméras et peu adepte des bains de foule, Benoît XVI a défendu une ligne conservatrice, notamment sur l'avortement, l'homosexualité ou l'euthanasie. Ses déclarations ont parfois créé l'incompréhension, comme sur l'islam, l'utilisation du préservatif contre le VIH ou encore l'excommunication de quatre évêques intégristes en 2009. 

Très critiqué par ses détracteurs pour son manque de souplesse, Benoît XVI n'a pas réussi à s'attaquer aux réformes attendues par de nombreux catholiques, comme le célibat des prêtres ou la place des femmes dans l'Église. Son pontificat fut aussi marqué en 2012 par la fuite de documents confidentiels ("Vatileaks"), orchestrée par son majordome. Le scandale avait alors mis en évidence une Curie romaine minée par les intrigues et dénuée de rigueur financière.

Le premier pape à démissionner depuis 1415

À la surprise générale, le 11 février 2013, Benoît XVI annonce sa renonciation. Une décision personnelle liée à ses forces déclinantes et non à la pression de scandales, comme l'avait assuré l'ancien souverain pontife dans un livre de confidences paru en 2016. Pour trouver un précédent, il faut remonter à 1415, quand Grégoire XII a été contraint à la démission pour mettre fin au Grand Schisme d'Occident. Le 27 février, devant 150.000 fidèles, Benoît XVI donne sa 384e et dernière audience, et évoque, dans son discours d'adieu, les "eaux agitées de [son] pontificat".

Début 2022, le désormais pape émérite est rattrapé par le drame de la pédocriminalité dans l'Église. Mis en cause par un rapport en Allemagne sur sa gestion des violences sexuelles lorsqu'il était archevêque de Munich, il est sorti de son silence pour demander "pardon", mais a assuré ne jamais avoir couvert d'actes d'agressions sexuelles. Il a cependant reconnu avoir "regardé dans les yeux les conséquences d'une très grande faute". Et, a-t-il souligné, "j'ai appris à comprendre que nous sommes nous-mêmes entraînés dans cette grande faute quand nous la négligeons ou quand nous ne l'affrontons pas avec la décision et la responsabilité nécessaires, comme il est trop souvent arrivé et qu’il arrive encore".

Depuis sa démission, Benoît XVI vivait au Vatican, au monastère Mater Ecclesiae. Malgré une santé déclinante, il continuait de recevoir des visites, notamment celle du pape François. Le 28 décembre, c'est son successeur qui avait annoncé qu'il était "gravement malade", appelant à une "prière spéciale"


F.R. avec AFP

Tout
TF1 Info