Ebrahim Raïssi est mort, ont confirmé les autorités iraniennes ce lundi 20 mai, victime d'un accident d’hélicoptère survenu la veille à la frontière avec l'Azerbaïdjan.
Dans quelle mesure cette disparition peut-elle changer la donne dans les institutions de son pays ?

Victime d’un accident d’hélicoptère alors qu’il rentrait de l’inauguration d’un barrage à la frontière avec l’Azerbaïdjan, le président de la République islamique d’Iran est mort, ont annoncé les autorités iraniennes ce lundi 20 mai. Dans la foulée, Téhéran a assuré dans un communiqué que ce décès n'allait pas entraîner "la moindre perturbation dans l'administration" du pays. Pour autant, la disparition brutale d’Ebrahim Raïssi va-t-elle avoir une incidence sur le gouvernement iranien et sa population ? 

Une présidentielle dans 50 jours

Pour rappel, cet homme de 63 ans avait été élu à la tête du régime en 2021 et faisait partie de ceux "préparés" pour succéder au Guide suprême. Sa mort, en tant que président de la République, était bien entendu prévue par la Constitution iranienne. Ainsi, l’article 131 du texte dispose qu’"en cas de décès, de révocation, de démission, d'absence ou de maladie de plus de deux mois du président de la République (...), le premier vice-président de la République sous réserve de l'accord du Guide, prend en charge les pouvoirs et les responsabilités du président". C'est donc Mohammad Mokhber qui sera au pouvoir, avant l'organisation d'une nouvelle élection présidentielle.

Pendant cette période de transition, "un conseil composé du président de l'Assemblée, du chef du pouvoir judiciaire et du premier vice-président de la République est tenu de prendre les dispositions afin que le nouveau président de la République soit élu au plus tard dans un délai de cinquante jours". Mais en coulisses, une seule figure dirige le pays, comme le souligne Slavosh Ghazi, correspondant de RFI à Téhéran, sur le plateau de LCI : "Le premier personnage du pouvoir, le Guide suprême iranien est toujours là, et ce conseil provisoire présidentiel sera là pour gérer les affaires courantes d'ici à une nouvelle élection présidentielle". 

Une photo fournie par la présidence iranienne montre le président iranien Ebrahim Raisi avec les membres de sa délégation à Aras, avant la cérémonie d'inauguration d'un projet de barrage à la frontière entre les deux pays, le 19 mai 2024.
Une photo fournie par la présidence iranienne montre le président iranien Ebrahim Raisi avec les membres de sa délégation à Aras, avant la cérémonie d'inauguration d'un projet de barrage à la frontière entre les deux pays, le 19 mai 2024. - IRANIAN PRESIDENCY / AFP

Voilà pour la forme. Sur le fond, la mort du président iranien va-t-elle profondément déstabiliser le régime ultra-conservateur ? Les avis sont partagés selon les spécialistes. Téhéran est avant tout un régime théocratique "à deux têtes", incarné par le Guide suprême, Ali Khamenei, considéré comme le réel détenteur du pouvoir et "la plus haute instance politique", et puis par le président de la République, faisant office d’"administrateur en chef qui a une fonction très symbolique et très importante aux yeux de la population iranienne", selon Myriam Benraad, professeur de relations internationales à l'université internationale Schiller. "Raïssi est un personnage important et il y aura des conséquences internes comme au niveau régional", conclut l'experte.

Spécialiste du Moyen-Orient et grand reporter au Figaro, Georges Malbrunot contextualise à son tour : "Le président est en charge d'appliquer la politique décidée ailleurs : par le guide suprême et par les gardiens de la Révolution qui sont tout-puissants. Il n'est que l'exécutant de cette politique-là". 

"Un exécutant de la politique"

Si la disparition d’Ebrahim Raïssi va logiquement perturber le fonctionnement des institutions, elle ne devrait pas transformer la nature du régime. "Une fois encore, les hommes comptent, mais les régimes sont plus importants que les hommes", appuie Pascal Boniface, directeur fondateur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Cela étant, le grand reporter Georges Malbrunot estime que "même s'il n'est pas le personnage numéro un du régime iranien", le président restait néanmoins une figure importante en tant que l’un des successeurs envisagés de Khamenei : "L'ayatollah a 85 ans et Ebrahim el-Raïssi était l'un des candidats à sa succession. C'est dans cette mesure-là que ça trouble considérablement la donne en Iran". 


Caroline QUEVRAIN

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