MSF à Gaza : "Les civils payent le prix"

Le service METRONEWS
Publié le 25 juillet 2014 à 12h50
MSF à Gaza : "Les civils payent le prix"

INTERVIEW - Nicolas Palarus est le coordinateur de Médecin Sans Frontière à Gaza. Du plus grand hôpital de Gaza, l’hôpital Al-Shifa, il vit la guerre et les bombardements du côté de ceux qui soignent. Entretien avec un homme fatigué, déterminé et horrifié.

"Je suis tombé amoureux de MSF". C’est ainsi que Nicolas Palarsus, 47 ans, parle de ce qui le pousse, lui le Français, à partir depuis cinq ans dans les zones de guerre pour soigner les civils blessés. Lucide sur son travail à Gaza, il sait que l’aide à une population victime de bombardements de la part d’une armée moderne est "parfois ridicule par rapport à la misère qui nous entoure". Même s’il cultive l’espoir : "Le peu qu’on fait est déjà encourageant". Témoignage d’un médecin sous les bombes.

Quel est le rôle de MSF à Gaza ?
En situation normale, même si rien n’est normal à Gaza, on a une clinique post-opératoire. On soigne en continu 80 à 90 patients. Depuis trois semaines, les gens ne viennent plus. On ne peut pas aller chercher les patients car la situation est trop dangereuse. On a fait rentrer une équipe chirurgicale il y a une semaine et on a une équipe à l'hôpital Al Shifa qui est le plus grand hôpital de Gaza. Notre clinique est toujours ouverte ne serait-ce que par respect pour notre personnel mais nous n’y recevons plus que 5 à 10 patients par jour.

"On n’est pas à l’abri d’un dommage collatéral"

Comment travaillez-vous ?
Nos personnels soignants ont peur de sortir de chez eux. On a mis en place un système de bus avec un gros logo MSF bien identifié. Ce n’est pas une garantie : par deux fois, des missiles sont tombés à proximité d’une de nos voitures clairement identifiées MSF. On n’est pas à l’abri d’un dommage collatéral. Le problème qui nous occupe, c’est de ne pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

Comment faire pour ne pas être "au mauvais endroit au mauvais moment ?"
On limite le risque en suivant ce qu’il s’est passé, on réalise un "mapping" des bombardements autour de notre zone, puis on évite les zones les plus dangereuses. On limite les mouvements au maximum. Avec les équipes, je suis toujours en alerte. On interrompt les mouvements quand c’est trop dangereux. Nous sommes supposés ne pas être des cibles. Nous avons transmis à l’armée israélienne nos coordonnées GPS pour qu’ils ne nous bombardent pas.

"Les ambulanciers du Croissant Rouge sont des héros"

Des gens travaillant avec vous ont-ils été blessés ?
Pas pour le moment. Mais il y a des ambulanciers du Croissant Rouge qui ont été tués et deux gravement blessés il y a deux jours. Depuis le début du conflit, une quinzaine d’ambulanciers ont été blessés.

Pourquoi les membres du Croissant Rouge sont-ils plus touchés ?
Parce que les ambulanciers du Croissant Rouge sont Palestiniens. Ils prennent plus de risques, ils sont fous, ce sont des héros : jour et nuit on entend les ambulances.

Qui soignez-vous ?
Il y a beaucoup de femmes et d’enfants, environ 50% des gens qui arrivent . Il y a beaucoup de civils.

Quelle est la nature des blessures que vous constatez ?
Surtout des traumatismes dus à des écrasements, quand les maisons s’effondrent sur les gens. Il y aussi des brûlures dues à des éclats d’obus. Il y a très peu de blessés par balles, ce qui veut dire que ce ne sont pas des gens touchés par des combats terrestres.

Avez-vous vu des blessures causées éventuellement par des armes non-conventionnelles (sous-munitions, bombe au phosphore blanc...) ?
Non, nous n’avons pas vu de blessure particulière. On dénonce ce qu’on voit. Si on est amené à le voir, on en parlera, mais là ce n’est pas le cas.

"Nous avons reçu une vingtaine de blessés graves : que des femmes et des enfants"

Jeudi après-midi, une école des Nations unies a été bombardée....
Effectivement, par les tanks israéliens. Les gens qui étaient à l’intérieur étaient en train d’évacuer avec des bus siglés Nations unies. Nous, directement, nous avons reçu 16 morts et une vingtaine de blessés graves : que des femmes et des enfants.

Israël affirme que des rampes de lancement de roquettes étaient dans l’école...
Même si c'est vrai, les gens étaient en train d’évacuer. Pour ma part, je n’ai jamais vu une roquette depuis que je suis à Gaza. C’est vrai que dans des écoles des Nations unies, des roquettes ont déjà été trouvées, mais c’étaient des écoles vides.

Que vous inspire cette sanglante après-midi ?
Je suis scandalisé et le mot est trop faible. Les civils payent le prix. C’est un massacre.

"Il faut que la France fasse quelque chose"

En termes de matériel et de médicaments, de quoi avez-vous besoin ?
A Gaza, il y a un blocus depuis 6 ans. C’est très dur, il manque depuis toujours des médicaments et du matériel. Mais là, nous n’avons pas de besoin particulier. On est livré par nos camions par la frontière israélienne. Beaucoup de donations ont été faites. Au niveau ressources humaines, ça va, même si les médecins palestiniens, bien que volontaires et nombreux, sont fatigués. J’ai parlé avec eux hier, ils avaient les larmes aux yeux. Nos équipes d’expatriés sont aussi très fatiguées.

Comment les citoyens peuvent-ils vous aider ?
En continuant de manifester en paix, en continuant à crier que les Palestiniens ne sont pas des terroristes. Pour 100 roquettes, il y a 1 000 tirs de char. Toutes les heures, il y a un enfant qui meurt à Gaza. Les gens ne dorment plus, ça bombarde tout le temps. Il faut que la France fasse quelque chose. Je suis consterné par le manque de réactivité de la France.

Que voulez-vous dire par "manque de réactivité" ?
Par exemple, il y a eu un vote à l’ONU concernant l’éventuelle ouverture d’une enquête pour crime de guerre de la part d’Israël. La France s’est abstenue, à l’image de l’Union Européenne. Il y a une passivité politique. Ce qu’il se passe à Gaza n’est pas humain. Une guerre, c’est déjà terrible quand des soldats tirent sur des soldats. Mais là, ce sont des soldats qui tirent sur des civils.


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