Ce week-end, Emmanuel Macron a appelé l'Union européenne à ne pas être "suiviste" des États-Unis dans la crise qui les oppose à la Chine à propos de Taïwan.
Des propos fortement critiqués dans les médias américains, au point de pousser la Maison-Blanche à redire toute sa "confiance" dans sa relation avec la France.
En Europe, tous les pays ne sont pas sur la même longueur d'onde.

Ses propos ont semé le trouble. Dans une interview aux Echos publiée dimanche, Emmanuel Macron a exhorté l'Europe à ne pas "être suiviste" des Etats-Unis ou de la Chine sur la question de Taïwan, refusant d'"entrer dans une logique de bloc à bloc". Très commentées aux États-Unis, ces déclarations ont poussé la Maison Blanche à réagir ce lundi. "Nous sommes à l'aise et nous avons toute confiance dans notre excellente relation bilatérale avec la France et dans la relation que le président (Joe Biden) a avec le président Macron", a dit John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale, lors d'un point presse.

La réception en grande pompe du président français en Chine a également été abondamment discutée dans la presse américaine, pas vraiment de manière élogieuse. Dans un article d'analyse, le New York Times a estimé qu'Emmanuel Macron "sapait" les efforts américains pour contenir l'influence du régime autoritaire du président chinois Xi Jinping. 

"Macron a aussi donné un sujet de discussion aux Républicains au Congrès qui accusent Biden de se faire escroquer par l'Europe" dans le cadre de la guerre en Ukraine, pointe une source diplomatique américaine auprès de TF1/LCI. "C'est donc très mal chronométré et ça donne une très mauvaise image." Une autre source diplomatique américaine évoque "une incompréhension totale sur le discours d'Emmanuel Macron". "Il veut que nous venions au secours de l'Europe quand elle est agressée, mais préfère la neutralité quand il s'agit de l'Asie."

Un "vœu de neutralité contre l’agression chinoise dans le Pacifique" qui passe mal

Le Wall Street Journal, dans un éditorial de sa rédaction, a qualifié de "ratée" la prise de position du président français au sujet de Taïwan, l'accusant de "saper le soutien américain à l'Europe" et d'"affaiblir la dissuasion contre l'agression chinoise". "Emmanuel Macron veut que les États-Unis se portent à la rescousse de l’Europe contre l’agression russe, mais fait apparemment vœu de neutralité contre l’agression chinoise dans le Pacifique", poursuit ce journal. 

Sur la très conservatrice et pro-Trump chaîne Fox News, un présentateur s'est indigné du manque de reconnaissance du chef de l'État envers son allié. "Nous courrons au secours de la France et de l’Europe, au moindre problème, depuis un siècle, et c’est comme ça qu’ils nous remercient ?", a-t-il regretté.

Remous en Europe

La position affichée par Emmanuel Macron a également suscité de l'embarras jusqu'au Parlement européen, où tous les États représentés ne partagent pas la position française. Y compris au sein du groupe Renew, auquel appartient la majorité présidentielle. "Il y a des commentaires durs, mais c'est de l'ordre du désaccord idéologique entre les Français pro-autonomie stratégique et les Européens qui s'en méfient, car rattachés à l'Otan", tentait de relativiser mardi une source au sein du groupe, auprès de TF1 et LCI.

"Les Européens ont leurs propres intérêts et les assument en toute transparence et loyauté avec leurs alliés et partenaires internationaux", a justifié l'Élysée à TF1 et LCI ce mardi matin. "Une Europe souveraine est nécessaire aux équilibres du monde, qu’il s’agisse du commerce, de la promotion de nos valeurs, du respect du droit, du développement et du maintien de la paix et de la sécurité internationale. Elle doit pouvoir faire entendre sa voix singulière."

"Notre position sur Taïwan est constante", a également fait valoir l'entourage présidentiel. Pour "préserver la stabilité de l’ordre international", il faut "prévenir l’implication de la Chine dans la guerre en Ukraine et l’associer aux efforts de négociation pour une solution durable. Donc prévenir aussi la montée des risques dans le détroit de Taïwan". 

Emmanuel Macron a justement prononcé un discours sur "l'autonomie stratégique" de l'Europe mardi après-midi, à l'occasion d'un déplacement à La Haye. 


J.F.

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