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Non, Trump n'a pas déclassifié des documents prouvant qu'Obama "finançait Al-Qaïda"

Thomas Deszpot
Publié le 18 janvier 2021 à 16h48
Les accusations portées contre l'ancien président s'appuient sur un rapport qui dont le sens est détourné.

Les accusations portées contre l'ancien président s'appuient sur un rapport qui dont le sens est détourné.

Source : CHANDAN KHANNA / AFP

TERRORISME - Sur la base d'un rapport officiel, des internautes soutiennent que Barack Obama a financé durant ses mandats Al-Qaïda. Des accusations fausses, un rapport officiel étant interprété de manière abusive.

Alors que Donald Trump s'apprête à quitter la Maison-Blanche, des messages circulent en ligne pour vanter son bilan et son action, en comparaison notamment avec celui de Barack Obama. Des publications qui s'accompagnent ces derniers jours d'accusations à l'encontre de l'ancien président démocrate : il serait en effet prouvé qu'il aurait financé l'organisation terroriste Al-Qaïda alors qu'il était au pouvoir.

Sur Twitter, où il compte plusieurs dizaines de milliers d'abonnés, le blogueur et youtubeur algérien Amine Mecifi, établi près de Londres, assure que des documents déclassifiés par Donald Trump apportent des preuves de ces malversations. Derrière son pseudo Aldo Sterone, celui qui se présente comme "le seul blogueur arabe pro-Israël" certifie qu'il avait déjà évoqué le sujet en 2015 et dresse un étrange parallèle avec le 11 septembre. Selon lui, Donald Trump devrait également déclassifier des documents sur ce sujet. Ses accusations, une fois étudiées en détails, s'avèrent trompeuses.

Un rapport surinterprété

Relayé par des centaines de personnes, son tweet a suscité des réactions variées. Certains croient dur comme fer à cette mise en cause, tandis que d'autres sollicitent auprès de l'activiste "ex-PCF" et "anti-UE" des sources permettant d'accréditer ses propos. Ce qu'il finit par faire, en postant le lien vers un rapport officiel, transmis au président pro tempore du Sénat américain et réalisé par l'unité de surveillance et d'enquête de la commission des Finances du Sénat. 

On constate donc qu'il ne s'agit ici pas du tout d'éléments liés à des documents déclassifiés par Donald Trump ces derniers mois. Si le président en a rendu publics en octobre, au sujet notamment de l'ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016, il s'agit ici d'un rapport qui n'a rien de confidentiel, et qui n'a jamais été conservé sous le statut secret-défense. Sa publication remonte au 22 décembre dernier.

Que nous apprennent ces 11 pages ? Qu'en 2014, une ONG américaine nommée World Vision a fait appel dans le cadre d'une mission au Soudan à une association locale dont des liens avec Al-Qaïda ont par le passé été démontrés. Un partenaire d'autant plus embarrassant que World Vision, pour ce programme, devait toucher un peu moins de 800.000 dollars d'argent public. Le rapport donne des précisions : la somme a été provisionnée par l’USAID, une agence américaine indépendante qui finance des programmes de développement à travers le globe. Un acteur incontournable dans le secteur puisqu'il a par exemple investi plus de 20 milliards de dollars pour la seule année 2018.

Pour intervenir dans la région du Nil bleu, au Soudan, World Vision a jugé utile de faire appel à l'ISRA, une association basée à Khartoum et qui devait lui apporter un appui local grâce à son implantation dans le monde musulman. Une structure dont World Vision ignore alors qu'elle figure sur une forme de liste noire aux États-Unis, accusée d'avoir financé à hauteur de 5 millions de dollars Makhtab al-Khidamat, organisation considérée comme ancêtre d'Al-Qaïda.

C'est une autre ONG qui a alerté World Vision, cette dernière assurant qu'elle n'avait pas connaissance des activités frauduleuses de son partenaire local. Dès qu'elle en a eu connaissance, elle a indiqué suspendre immédiatement sa collaboration avec l'ISRA. Il n'est pas surprenant que le Sénat américain se soit saisi de la question puisque de l'argent public était en jeu. Dans son rapport, il épingle World Vision, dont le processus de sélection des bénéficiaires potentiels de subventions "était à la limite de la négligence", et qui a "ignoré les procédures d'enquête d'un niveau élémentaire", à commencer par des recherches basiques sur les moteurs de recherche.

Obama impliqué à tort

Dans son document, le Sénat souligne un point potentiellement polémique : le fait que bien qu'au courant de la situation, le département d'État de l'administration Obama a accepté que 115.000 dollars soient effectivement versés à l'ISRA par World Vision. Une décision qu'assume totalement l'OGN : elle explique que cette somme correspond à un travail effectivement mené sur le terrain, et qui a pu être retracé précisément. Par ailleurs, elle a indiqué craindre un renvoi pur et simple du Soudan par les autorités, ce qui aurait mis à mal d'autres projets dans le pays et mis en danger des populations vulnérables. Sans oublier des questions réglementaires, puisqu'un partenariat avait été noué et que des dépenses avaient déjà été engagées par l'ISRA, pouvant donner lieu à des procès.

Les autorités américaines, si elles dénoncent la manière dont l'ONG a géré le dossier, ont estimé qu'il était légitime d'autoriser la délivrance de cette somme, tout en prenant acte de la bonne volonté affichée par World Vision. Échaudée, elle a logiquement expliqué qu'elle ne collaborerait plus à l'avenir avec l'ISRA. 

Accuser Barack Obama dans ce contexte apparaît donc totalement abusif. Les autorités américaines ont identifié dès 2004 l'ISRA comme étant une organisation suspecte et déplorent qu'une association américaine ait collaboré avec elle. Au départ, seule l'USAID a décidé d'une subvention pour le projet au Soudan, sans que la Maison Blanche ait été impliquée. Seul un paiement de quelques 115.000 dollars a été validé par l'administration Obama, somme dont World Vision assure qu'elle a pleinement servi à des actions humanitaires sur place.

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