Biden et Harris à la Maison Blanche

L'oléoduc Keystone, première crispation entre Biden et Trudeau ?

Maxence GEVIN
Publié le 19 janvier 2021 à 22h40
Manifestation contre le projet d'oléoduc Keystone XL entre les États-Unis et le Canada. Photo prise à New-York en 2014.

Manifestation contre le projet d'oléoduc Keystone XL entre les États-Unis et le Canada. Photo prise à New-York en 2014.

Source : SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

INTERNATIONAL - Le nouveau président américain élu envisagerait de faire annuler le projet d'oléoduc Keystone XL entre le Canada et les Etats-Unis. Une décision qui ne devrait pas améliorer les relations entre les deux pays.

Après quatre années compliquées avec Donald Trump, Justin Trudeau a hâte de repartir sur de nouvelles bases avec Joe Biden. Mais la volonté prêtée au nouveau président américain de bloquer la construction d'un oléoduc entre les deux pays dès son arrivée à la Maison Blanche mercredi, pourrait lui compliquer la tâche.

Plusieurs chaînes canadiennes comme CBC et CTV ont en effet affirmé ce dimanche que Joe Biden prévoyait, dès son entrée en fonction, de mettre fin au projet controversé de l'oléoduc Keystone XL. Selon l'analyste Tim Powers sollicité par l'Agence France Presse, une telle décision ne manquerait certainement pas de raviver des tensions avec le gouvernement canadien alors même que les relations américano-canadiennes se sont largement dégradées sous le mandat de Donald Trump. La décision prêtée à Joe Biden de l'annuler "met des bâtons dans les roues de la relation Canada/Etats-Unis", confirme Ryan Katz-Rosene, professeur de politique à l'université d'Ottawa. 

800 000 barils de pétrole par jour

Lancé en 2008, le projet de prolongement de l'oléoduc a été bloqué par l'ex président Barack Obama, puis autorisé par son successeur Donald Trump. Ce dispositif du groupe canadien TC Energy, de quelque 8 milliards de dollars américains (6,6 mds euros), doit, à terme, permettre d'acheminer plus de 800.000 barils de pétrole par jour, sur près de 2.000 km, entre la province canadienne d'Alberta et les raffineries américaines du Golfe du Mexique. 

Ce projet pourrait donc être à l'origine de retombées locales considérables si bien que le Premier ministre de l'Alberta Jason Kenney s'est dit, dans un tweet, "extrêmement préoccupé" par le possible revirement américain. La province navigue en plein marasme économique avec l'effondrement des prix du pétrole, conséquence notamment de la pandémie de coronavirus.

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"100 milliards de dollars d'exportations chaque année"

Le chef du gouvernement canadien, Justin Trudeau, se retrouve dans une position délicate. De nombreuses voix s'élèvent pour demander l'arrêt des travaux sur ce pipeline dont l'impact en matière d'émissions de gaz à effet de serre va être considérable. D'un autre côté, il représente une manne économique potentielle considérable pour ce grand exportateur de pétrole. 

"Côté canadien, on parle de 100 milliards de dollars (65 milliards d'euros) d'exportations chaque année", a notamment rappelé lundi Jason Kenney. Les provinces riches en pétrole de l'Alberta et de la Saskatchewan (centre) risquent de payer le prix fort en cas d'abandon du projet. Le chef du parti conservateur (opposition) Erin O'Toole est lui allé plus loin en estimant qu'une telle décision allait "dévaster des milliers de familles canadiennes déjà durement touchées par la crise économique".

Dernier aspect et non des moindres, un renoncement à l'oléoduc Keystone XL rendrait de facto les États-Unis plus dépendants à la production pétrolière de l'OPEP.


Maxence GEVIN