"On ne peut pas s'empêcher d'y penser tout le temps" : Istanbul vit dans la crainte d'un séisme majeur

par La rédaction de TF1info | Reportage : Léa Merlier et Erina Fourny
Publié le 4 février 2024 à 11h31

Source : JT 13h WE

Il y a près d'un an, un terrible séisme a fait plus de 53.500 morts en Turquie, dans l'une des zones les plus sismiques du monde.
La crainte du tremblement de terre est devenue une obsession pour les quelque 15 millions d'habitants d'Istanbul.
Depuis des années, on prédit à la mégalopole turque un phénomène de grande ampleur.

Depuis trois mois déjà, ils attendaient cette visite de pied ferme. Les habitants d'un immeuble d'Istanbul, dans le nord-ouest de la Turquie, reçoivent enfin l'expertise d'une équipe d'ingénieurs de la municipalité, qui passe au crible chaque appartement pour vérifier la qualité du béton utilisé dans les murs. Des analyses en laboratoire détermineront si cet édifice construit dans les années 1960 est toujours sûr. Un verdict attendu avec anxiété par les résidents, après le traumatisme laissé par le séisme du 6 février 2023, qui avait ébranlé le sud-est du pays. Des centaines de milliers de bâtiments s'étaient effondrés, tuant plus de 53.500 personnes et plus de 100.000 blessés

Au premier étage de l'immeuble, un couple âgé craint que la tragédie ne se reproduise à Istanbul cette fois, dans les années à venir. "On a tous connu des séismes, on ne peut pas s'empêcher d'y penser tout le temps", confie la résidente, dans le reportage du 13H de TF1 en tête de cet article. Son compagnon tire un petit sifflet rouge de sa poche. "On en a tous un, au cas où. Si on se retrouve coincé sous les débris, c'est le seul moyen de nous retrouver", insiste-t-il. 

"On attend un séisme autour de 2029"

À l'instar de cet immeuble, les demandes de contrôle flambent : Istanbul en a reçu près de 200.000, et pour les 50 ingénieurs de l'équipe municipale, la liste d'attente ne cesse de s'allonger. "Deux jours seulement après le séisme, on a commencé à recevoir énormément d'appels, ça n'arrêtait pas. Depuis, on a entre 2000 et 2500 demandes par jour", explique Doganay Askinoglu, chef du laboratoire Constructions et Matériaux de la municipalité.

Mais la ville est aussi confrontée à un problème majeur : les auto-constructions, de petits édifices bâtis par les habitants eux-mêmes, hauts de trois ou quatre étages, qui ne respectent aucune norme. "Des commerces ont été aménagés dans des bâtiments qui n'étaient pas prévus pour ça : pour les rendre spacieux, on a coupé des colonnes, des murs porteurs", déplore Le chercheur français Jean-François Pérouse. "À chaque tremblement de terre, on réalise que ce sont ces immeubles-là qui s'effondrent le plus vite", souligne le géographe urbain, qui arpente les rues de la ville pour pointer du doigt les matériaux de mauvaise qualité et les structures artisanales, repérant les fissures qui lézardent les façades. 

Au centre de trois plaques tectoniques, la Turquie se situe sur l'une des zones sismiques les plus actives au monde. Istanbul se trouve même à quelques kilomètres d'une faille. "La possibilité d'un séisme dans la mer de Marmara dans les années à venir est de 64%, c'est une très haute probabilité", alerte Naci Görür, géologue et sismologue à l'université d'Istanbul. "On attend un séisme autour de 2029."

Face à l'imminence du danger, la ville s'est lancée dans une grande course à la construction. Des milliers de chantiers pour des bâtiments neufs voient le jour, avec pour principal argument de vente la résistance aux séismes. À une heure du centre-ville, des quartiers entiers sont même sortis de terre en quelques mois. Mais la sécurité a un prix : dès 500.000 euros pour un duplex dans les immeubles les plus robustes. Un budget inaccessible pour de nombreux Turcs, à l'heure où le pays traverse une grave crise économique. Sans compter la crise de confiance sans précédent qui frappe le secteur. Depuis le séisme de février 2023, des centaines d'enquêtes ont été ouvertes pour malfaçons, et la tragédie a jeté la lumière sur des décennies de corruption et de scandales dans le monde immobilier. 


La rédaction de TF1info | Reportage : Léa Merlier et Erina Fourny

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