Pakistan : indignation et rebondissements après un "crime d'honneur"

Laurence Valdés
Publié le 30 mai 2014 à 16h44
Pakistan : indignation et rebondissements après un "crime d'honneur"

LAPIDATION - Une Pakistanaise enceinte a été tuée par sa famille pour avoir épousé celui qu'elle aimait sans son assentiment. La police du pays a interpellé vendredi quatre hommes dans le cadre de cette affaire qui suscite une vague d'indignation.

Elle a été lapidée à coups de briques par sa propre famille. Farzana Parveen, une Pakistanaise âgée de 25 ans et enceinte de trois mois, avait pour seul tort d'avoir épousé par amour un agriculteur de 45 ans, sans l'accord de sa famille. Le drame s'est produit mardi devant le tribunal de Lahore, à l'est du Pakistan, devant des policiers impassibles. Vendredi, la police du pays a annoncé avoir interpellé un oncle et deux cousins de la victime ainsi qu'un chauffeur.

Le mari avait tué sa première épouse

L'affaire a connu un rebondissement jeudi avec les confessions macabres du veuf de la jeune femme, Mohammad Iqbal. Il a en effet reconnu avoir étranglé sa première épouse : "J'étais amoureux de Farzana et c'est à cause de cet amour que j'ai tué ma première femme". A l'époque, il avait été arrêté, puis rapidement libéré après avoir payé le "prix du sang", une disposition controversée de la loi pakistanaise qui permet d'échapper à la justice en payant une compensation à la famille de la victime.

L'agriculteur, libre, avait alors convaincu Farzana de l'épouser mais sa famille s'était opposée à leur union, non pas parce que le prétendant avait tué sa première épouse, mais parce que la dot proposée pour la main de la jeune femme n'était pas suffisante. N'acceptant pas l'union qui a quand même eu lieu, sa famille a accusé l'époux d'avoir enlevée la jeune femme.

C'est finalement en se rendant au tribunal pour témoigner de son amour pour son mari que Farzana Parveen a été attaquée par une trentaine de membres de sa famille qui l'attendait devant l'édifice. A son arrivée, son frère a ouvert le feu sur elle mais l'a ratée, selon un policier. Farzana est alors tombée à terre en tenant de fuir, puis le groupe "l'a entourée et battue à mort avec des briques".

Mesures d'urgence et indignation

Si, au Pakistan, près de 1000 femmes ou adolescentes ont été tuées l'an passé pour avoir "déshonoré" leur famille selon la Commission nationale des droits de l'Homme , ce crime-là pourrait être celui de trop.Depuis 48 heures, l'affaire provoque en tout cas des manifestations d'indignation à travers tout le Pakistan. Qualifiant ce meurtre de "totalement inacceptable", le Premier ministre Nawaz Sharif a exigé des mesures urgentes pour résoudre l'affaire. Le ministre en chef de l'Etat du Penjab a aussi annoncé des procédures judiciaires accélérés dans cette affaire. Car, en dépit de lois interdisant depuis le début des années 2000 les mariages forcés et les crimes d'honneur au Pakistan, la justice se heurte à des coutumes ancestrales ou à une interprétation rigoriste de l'islam. Au point que la police refuse le plus souvent d'intervenir.

"Le gouvernement doit prendre des mesures fortes et urgentes pour mettre fin à ce flux continu de soi-disant meurtres d'honneur", a déclaré la Commissaire des Nations unies sur les droits de l'Homme, Navi Pillay. Le chef de la diplomatie britannique William Hague s'est quant à lui dit "révulsé" jeudi par ce "meurtre atroce". Les Etats-Unis ont également condamné ce "meurtre haineux" et ont déploré qu'il s'agisse d'"au moins le troisième soi-disant crime d'honneur perpétré au Pakistan cette semaine".


Laurence Valdés

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