L'équipage disparu du mini-submersible parti explorer l'épave du Titanic dimanche a péri dans une "implosion" de l'appareil, ont annoncé jeudi les garde-côtes américains.
Parmi ses membres, un grand spécialiste français de l'épave, Paul-Henri Nargeolet.
L'annonce de son décès laisse ses proches sous le choc.
De nombreuses voix saluent la mémoire de cet explorateur hors pair, son expertise et sa passion.

Le scénario du pire s'est finalement confirmé. Les cinq passagers du mini-submersible parti à la découverte de l'épave du Titanic et disparu depuis dimanche, ont été considérés morts après "l'implosion catastrophique" de l'appareil, ont indiqué jeudi les garde-côtes américains. OceanGate, l'entreprise qui exploite cet engin baptisé Titan, a dit "pleurer la perte de vies humaines", celles "de véritables explorateurs". Parmi l'équipage se trouvait Paul-Henri Nargeolet, un spécialiste français du paquebot qui avait fait naufrage en 1912. Dans les heures qui ont suivi l'annonce de son décès, les hommages se sont multipliés pour saluer la mémoire de cet océanaute de 77 ans, considéré comme l'un des plus grands experts de son domaine. 

"Nos cœurs sont brisés par la perte de notre extraordinaire père et mari", a notamment déclaré dans un communiqué la famille de ce spécialiste à la renommée internationale qui s'était installé aux États-Unis, surnommé "Monsieur Titanic" pour ses dizaines de plongées sur le site, lui permettant de remonter plusieurs centaines d'objets. Originaire de Haute-Savoie, officier de marine lors de sa première partie de carrière, il avait été nommé responsable des sous-marins d'intervention profonde de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) en 1986. Il était attendu lors d'une exposition à Paris sur le célèbre paquebot, dès le mois prochain.

"L'un des plus grands explorateurs des fonds marins de l'histoire moderne"

"C'est un homme qui restera dans les mémoires comme l'un des plus grands explorateurs des fonds marins de l'histoire moderne. Quand on pense au Titanic et à tout ce que l'on sait aujourd'hui sur le navire, on pense à Paul-Henri Nargeolet et à son travail légendaire", écrivent ses proches dans ce texte cité dans plusieurs médias anglophones, dont The Daily Mail. "Mais ce dont nous nous souviendrons le plus, c'est de son grand cœur, de son incroyable sens de l'humour et de l'amour qu'il portait à sa famille", ont-ils également souligné. "Il nous manquera aujourd'hui et tous les jours jusqu'à la fin de notre vie." 

Son beau-fils John Paschall s'est aussi exprimé sur les risques pris par l'explorateur, sur la chaîne CBS. "J'ai le sentiment qu'il les acceptait et qu'il les connaissait, mais qu'il aimait ce qu'il faisait. (...) Le fait qu'il ait passé ses derniers instants près d'une scène qui comptait tant pour lui, cela veut dire beaucoup", a-t-il déclaré. "Sa maison, loin de chez lui, c'était l'océan".

Le cinéaste James Cameron, qui a réalisé le film multi-oscarisé Titanic, s'est également ému de sa mort, peinant à croire la nouvelle. Lui-même explorateur passionné des fonds marins, il a expliqué à la chaîne ABC News qu'il connaissait depuis 25 ans le spécialiste français, le monde de la plongée étant "une toute petite communauté". "Il m'est presque impossible d'accepter qu'il soit mort tragiquement de cette manière", a-t-il regretté, rendant hommage à un "ami" et un "pilote légendaire".

"Il est mort à proximité immédiate de l'épave qu'il chérissait le plus", a souligné quant à lui son ami Michel L'Hour sur LCI, quelques minutes après l'annonce du décès de l'océanaute jeudi soir. "C'est une infinie tristesse, le sentiment de perdre un ami et l'un des meilleurs spécialistes au monde", a confié cet archéologue sous-marin. "Je n'y vois rien au fond qui me console. Je suis juste un peu désespéré. On perd un remarquable spécialiste", a-t-il insisté, se disant "très éprouvé". Par un hasard du calendrier, cet ancien-directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) avait prévu ce vendredi de lui "remettre une médaille, pour toute son œuvre et nous avoir fait rêver"

"Tout sauf irresponsable"

Michel L'Hour est également revenu sur les failles techniques du mini-submersible, de plus en plus pointées du doigt : si Paul-Henri Nargeolet s'était montré "dubitatif" sur le hublot et la coque "très nouvelle" du sous-marin, il a toutefois assuré que son ami était un fin connaisseur de ce type d'appareils. "Il avait des doutes mais pas d'angoisse, (...) je ne crois pas une seconde qu'il ait vraiment songé que cette machine pouvait les emporter tous. Il était tout sauf irresponsable, ce n'est absolument pas quelqu'un qui laisse prendre des risques pour les autres", a-t-il insisté. 

La Cité de la Mer de Cherbourg a aussi rendu hommage sur Twitter au plongeur, son ambassadeur et "grand ami". L'équipe du musée s'est dite "anéantie" par l'annonce de son décès. "Il aura à jamais marqué l'histoire de notre site, nous lui devons tant. Tu vas nous manquer énormément Paul-Henri", a-t-elle écrit. 

"Il a aidé l'humanité à comprendre ce monde inconnu" des grandes profondeurs, a déclaré Bernard Cauvin, directeur et fondateur de la Cité de la mer de Cherbourg, dans un message louant un personnage qui "passionnait tout le monde avec retenue, délicatesse et humilité". Mercredi, il disait encore auprès de France 3 Régions son espoir de retrouver vivant son "grand ami". Il l'avait vu pour la dernière fois le 2 décembre dernier, à l'occasion des 20 ans de la Cité de la Mer. "Dès qu'il passait la porte, il disait 'je suis chez moi'. C'est lui qui a apporté tous les engins russes, américains, canadiens utilisés par les océanautes qui sont exposés ici", avait-il expliqué, saluant "un grand monsieur"

L'océanaute était aussi attendu à l'inauguration, le 18 juillet à la Porte de Versailles à Paris, d'une exposition consacrée au navire, qui présentera notamment de nombreuses reliques de l'épave. "Nous saluons la passion et le courage de cet explorateur extraordinaire et le remercions des rêves et des émotions qu'il nous a offerts", a déclaré dans un communiqué Pascal Bernardin, organisateur de "Titanic L'Exposition".

Paul-Henri Nargeolet était aussi devenu dès 2007 directeur du programme de recherche de la société RMS Titanic/Phoenix International, propriétaire de l'épave. Dans un communiqué, sa présidente Jessica Sanders a également salué la mémoire de cet "employé et collègue de longue date""Le monde maritime a perdu un leader emblématique et inspirant dans l'exploration des grands fonds, et nous avons perdu un ami cher et précieux", a-t-elle écrit, présentant par ailleurs ses condoléances aux proches de l'ensemble des passagers, emportés par la destruction de l'appareil.

Tout récemment, en 2022, à l'occasion du 110e anniversaire du naufrage du paquebot, il avait publié Dans les profondeurs du Titanic, chez HarperCollins France. La maison d'édition lui a, elle aussi, rendu hommage vendredi. "Je suis profondément triste (...). Nous nous souviendrons d'un homme passionné, chaleureux et profondément gentil, qui était un incroyable raconteur d'histoires", déclare dans un communiqué sa directrice générale Emmanuelle Bucco-Cancès.


Maëlane LOAËC

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