"Portal Kombat" : qui se cache derrière ce réseau de propagande russe mis à jour par la France ?

Publié le 15 février 2024 à 17h58, mis à jour le 16 février 2024 à 13h40

Source : JT 20h Semaine

Lundi, le Viginum révélait l'existence d'un réseau "structuré et coordonné de propagande russe" à destination de l'Occident.
Baptisé "Portal Kombat", son objectif est de légitimer la guerre contre l'Ukraine et déstabiliser les pays occidentaux.
Ce mercredi, l'organisme chargé de la lutte contre les ingérences numériques étrangères révèle l'existence d'un acteur russe derrière cette opération.

Après avoir mis au jour l'existence d'un réseau de propagande russe, la France révèle l'auteur derrière cette toile d'araignée parfaitement ficelée. Dans un rapport publié jeudi 15 février, le Viginum, cet organisme chargé de la lutte contre les ingérences numériques étrangères, affirme qu'une entreprise russe domiciliée en Crimée serait à l'origine de la création et de l'administration du réseau "Portal Kombat", dont l'objectif est de piéger les internautes avec des contenus qui légitiment la guerre contre l'Ukraine et mettre en avant des informations susceptibles de déstabiliser les pays occidentaux.

Des sites liés à l'entreprise TigerWeb

Pour rappel, l'activité de ce réseau d'au moins 193 sites internet a débuté bien avant l'invasion russe de février 2022. Avant de toucher l'Occident, les premiers sites qui sont apparus dès 2013 proposaient des contenus ciblant le public russe et ukrainien en Crimée. Or, c'est précisément en analysant l'auteur à l'origine de cet écosystème historique que le Viginum a mis la main sur une entreprise baptisée TigerWeb. De fait, certaines archives de ces premiers sites affichent en pied de page le logo de l'entreprise, visible ci-dessous, précédé de la mention "développement et soutien technique" inscrite en russe.

Le logo de l'entreprise russe TigerWeb
Le logo de l'entreprise russe TigerWeb - Viginum

Par ailleurs, des archives plus anciennes portent l'adresse e-mail "topnewsua7@gmail.com". Une adresse liée à un certain Evgueni Chevtchenko, soit le dirigeant de l'entreprise TigerWeb. Créée en 2015, cette entreprise propose divers services, comme la création et la maintenance de sites web, mais aussi leur bon référencement. Or, on sait justement que l'efficacité du réseau Portal Kombat repose sur son très bon référencement sur les moteurs de recherche, dont Google. 

Toutefois, mis à part ces archives plus anciennes, aucun des sites actuels ne comporte de lien visuel ou de texte associant TigerWeb à ces portails d'information, contrairement aux autres sites commerciaux de l'entreprise, qui opèrent dans des secteurs d'activité très variés comme la restauration, le sport ou la médecine. Raison pour laquelle le Viginum estime que l'entreprise "pourrait avoir souhaité masquer son travail de 'couverture informationnelle', ainsi que ses clients et commanditaires potentiels".

Reste que l'ensemble des éléments cités ci-dessus laissent penser que cette entreprise, domiciliée en Crimée, serait à l'origine de la création et de l'administration des sites du réseau "Portal Kombat". D'autant que le profil de son dirigeant présente plusieurs "caractéristiques notables", comme le note le Viginum dans son rapport. Développeur web originaire de Crimée, Evgueni Chevtchenko a notamment travaillé comme chef de projet au sein de Krymtechnologii, une entreprise régionale subordonnée au ministère de la Politique intérieure, de l'information et de la communication de la République de Crimée.

Quel lien avec le dispositif d'influence numérique russe ?

TigerWeb apparaît donc comme l'auteur de la création et de l'administration de ce réseau qui vise désormais l'Occident. Toutefois, si son implication est démontrée, cette entreprise apparaît plutôt comme un prestataire de services. Pour qui ? Le rapport ne le dit pas, mais émet l'hypothèse de la présence d'autres acteurs du dispositif d'influence numérique russe. 

Les investigations techniques ont en effet mis en évidence de nombreuses similarités "avec trois rapports consacrés au réseau de sites web de l'entreprise Inforos", considérée par les États-Unis comme administrée par le service de renseignement militaire russe. Si pour l'heure, les enquêteurs qui luttent contre les ingérences numériques étrangères, n'ont pas pu "attester formellement des liens directs entre ces deux dispositifs", ils estiment que "l'hypothèse que TigerWeb puisse être intégrée, en tant que prestataire de services, au sein du dispositif d'influence numérique russe, n'est pas à exclure".


Felicia SIDERIS

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