Vladimir Poutine a utilisé jeudi le mot "guerre" pour désigner le conflit en Ukraine.
C'est la première fois qu'il emploie ce mot au lieu de l'euphémisme "opération militaire spéciale".
Un terme pourtant interdit dans le pays depuis le mois de mars.

C'est un détail qui a son importance. Vladimir Poutine a utilisé pour la première fois le mot "guerre" ce jeudi 22 décembre pour désigner le conflit qui oppose la Russie à l'Ukraine. En réaction à la visite de Volodymyr Zelensky aux États-Unis, le chef du Kremlin a en effet affirmé que son souhait était de "mettre fin à cette guerre". C'est la première fois qu'il emploie ce terme (en tout cas publiquement), le président russe ayant préféré jusqu'alors utiliser l'euphémisme "opération militaire spéciale". Un changement lexical qui n'a rien d'anodin.

Un mot interdit

Car l'utilisation du mot "guerre" pour décrire le conflit en Ukraine est interdite en Russie. La loi contre les "fausses informations" votée en mars fait en effet de la diffusion d'"informations mensongères" sur les événements en cours en Ukraine un crime. Le texte visait clairement quiconque cherchait à informer factuellement du conflit actuel en Ukraine, en délaissant les formules soigneusement construites par la propagande russe. Le mot "conflit" ou "invasion" a donc laissé place depuis plusieurs mois à l'expression "opération spéciale", adoptée par les autorités russes jusque-là. 

Dès lors, afficher le mot "guerre" est devenu un symbole de constestation. Et a même valu à des manifestants d'être interpellés. C'est pourquoi les opposants au régime de Poutine souhaitent désormais voir cette loi se retourner contre son créateur. Nikita Yuferev, un législateur municipal de Saint-Pétersbourg qui a fui le pays, a demandé aux autorités russes de poursuivre le chef de l'État pour "diffusion de fausses informations sur l'armée". "Il n'y a pas eu de décret pour mettre fin à l'opération militaire spéciale, aucune guerre n'a été déclarée", a-t-il ironisé sur Twitter. "Plusieurs milliers de personnes ont déjà été condamnées pour de tels propos sur la guerre".

De là à changer la donne ? Pour l'heure, toute interprétation n'est que spéculation. Mais un responsable américain, cité par CNN, estime que ce changement lexical n'était pas intentionnel et qu'il s'agissait probablement d'un lapsus. Toutefois, "les responsables surveilleront de près ce que les personnalités du Kremlin diront à ce sujet dans les prochains jours", prévient le média américain. 


Felicia SIDERIS

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