La Russie affirme à nouveau ce dimanche que l'Ukraine cherche à se doter de l'arme nucléaire.
Une opération qui n'est pas si simple et qui isolerait l'Ukraine.
Focus sur l'origine de cette rumeur et ses raisons.

C'est l'une de ces folles accusations que Vladimir Poutine reproche à l'Ukraine. Pour justifier ce qu'il appelle une "opération spéciale", le président russe explique depuis le jour de l'invasion que son voisin "voulait se doter de l'arme nucléaire". "Zelensky a entamé un chantage nucléaire et a fait comprendre qu'il était prêt à commencer la fabrication d'armes de destruction massive", titrait ainsi la presse prorusse. Un prétexte remis au gout du jour ce dimanche 6 mars. Une "source" citée dans les médias russes affirme désormais que l'Ukraine est "sur le point de créer des armes nucléaires". Qu'en est-il réellement ? 

Une ancienne puissance nucléaire

Tout part d'une extrapolation. Effectivement, le 21 février, le président ukrainien a demandé "des consultations immédiates des membres du Conseil de sécurité de l'ONU au nom de l'article 6 du mémorandum de Budapest". Une référence à un document signé en 1994 entre trois anciens pays du bloc soviétique et les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie. Parmi ces trois signataires, l'Ukraine. Le pays, qui était la troisième puissance nucléaire du monde au sortir de la guerre grâce à l'arsenal laissé par l'Armée rouge, ratifie le Traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP) en échange de garanties sur sa sécurité, son indépendance et son intégrité territoriale. Or, avec l'annexion de la Crimée et l'indépendance d'une partie du Donbass, la Russie est venue compromettre ces accords, comme le rappelait France 24 en 2014.

La Russie devenant de plus en plus menaçante à l'encontre de l'intégrité de l'Ukraine, Volodymy Zelensky a invoqué ce mémorandum pour réunir l'ONU. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il y a eu un "chantage nucléaire", pour reprendre l'expression de la presse russe. Le seul à avoir véritablement tenu de tels propos est en réalité l'ambassadeur d'Ukraine en Allemagne. Dans une interview accordée dès avril 2021 à la Deutschlandradio, Andrij Melnyk confiait qu'à ses yeux, l'adhésion de l'Otan était cruciale pour se défendre contre la Russie. Il prévenait déjà que "soit nous faisons partie d'une alliance comme l'Otan, (…) soit nous n'avons qu'une option : celle de nous armer". Avant de lâcher "et, peut-être, envisager le nucléaire".

DÉCRYPTAGE - Avec la guerre en Ukraine, quels risques pour les centrales nucléaires ?Source : JT 13h Semaine

L'Ukraine a-t-elle désormais franchi ce cap ? Tout pousse à croire le contraire. Car le pays n'a actuellement ni les moyens, ni les compétences pour se doter de l'arme nucléaire. Même avec des centrales nucléaires fonctionnelles, il est aujourd'hui impossible d'acquérir de telles capacités sans se faire repérer. Cela demande en effet de disposer d'un certain nombre de matières premières et d'équipements spécifiques, comme les centrifugeuses. Or, de telles commandes de la part d'un pays éveillerait directement les soupçons du gendarme du nucléaire et du Conseil de sécurité des Nations unies, provoquant des conséquences diplomatiques, voire économiques, d'ampleur. À l'instar de ce qui a pu être observé en Iran.

Tous les "scénarios" seraient envisagés par la Russie

Aujourd'hui, rien ne peut laisser penser que l'Ukraine est en train de mettre en place un programme d'armement nucléaire. Alors, pour quelles raisons le Kremlin remet-il cette rumeur sur les devants de la scène ? Impossible de le savoir avec certitude. Mais une lettre présentée comme celle d'un membre du service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB) permet d'émettre une hypothèse.

 

Publié le 4 mars, ce document est évidemment impossible à authentifier avec certitude. Il pourrait s'agir d'un faux, venant par exemple de l'Ukraine afin déstabiliser la Russie. Ceci dit, de nombreux indices poussent à croire en sa fiabilité. Premièrement, elle a été révélée par une source très fiable, le fondateur de Gulagu.net, une ONG de défense des droits des prisonniers qui a divulgué à plusieurs reprises les tortures généralisées dans les prisons russes. Par ailleurs, Christo Grozev, journaliste d'investigation expert de la Russie chez Bellingcat, affirme avoir authentifié cette lettre auprès de deux contacts du FSB. 

Or, dans ce document, entre autres révélations, on lit que dans les plus hautes sphères russes, "tous les scénarios sont évoqués" pour faire porter à l'Ukraine la responsabilité du conflit. Parmi eux, celui de "prouver que l'Ukraine construisait secrètement des armes nucléaires". 

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Felicia SIDERIS

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