Présidentielle en Tunisie : les paradoxes d'une jeune démocratie

Le service METRONEWS
Publié le 20 novembre 2014 à 18h44
Présidentielle en Tunisie : les paradoxes d'une jeune démocratie
L'essentiel

ELECTIONS - La Tunisie votera dimanche pour élire son premier président au suffrage universel direct depuis le Printemps arabe. Un scrutin que la jeunesse tunisienne devrait bouder, malgré la réussite de la transition démocratique.

Les Tunisiens sont appelés aux urnes, ce dimanche (ainsi que vendredi et samedi pour ceux de l'étranger), pour la première élection présidentielle au suffrage universel direct depuis la chute de Ben Ali. Une réussite en soi pour le pays initiateur des révolutions arabes de ces dernières années, qui s'est finalement doté d'une nouvelle Constitution le 7 février.

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"La transition démocratique est une réalité en Tunisie, c'est incontestablement une référence par rapport aux autres régimes arabes concernés par les récentes révolutions", confirme Beligh Nabli, enseignant à Sciences Po Paris, qui relève "une certaine maturité" du débat public tunisien. Pour Khadija Mohsen-Finan, chercheure associée à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), "l'évolution de la situation en Tunisie a montré que les transitions était possibles. Même si de tels modèles ne sont jamais exportables".

Jeunesse pressée

Jeunesse du nouveau système oblige, la Tunisie est déjà confrontée à quelques maux des démocraties modernes. Beligh Nabli liste l'apparition de discours populistes, l'opacité du financement des partis politiques et le désenchantement d'une partie de la population vis-à-vis des élites politiques.

La Tunisie n'échappe pas non plus à quelques paradoxes. Le premier, c'est que les jeunes citoyens qui se sont tant mobilisés durant la "révolution du jasmin", dans la rue et sur les réseaux sociaux, ne se sont pas bousculés aux urnes depuis, comme en témoigne le site d'information Kapitalis . "Une transition s'inscrit forcément dans le temps long et la jeunesse est pressée. Elle est déçue de ne pas avoir été associée aux responsabilités, d'autant que le taux de chômage des jeunes s'est aggravé", analyse Khadija Mohsen-Finan.

Djihad

Le deuxième paradoxe est que le pays qui a porté au pouvoir le parti islamiste Ennahda avant de lui préférer le parti laïc Nidaa Tounes aux législatives fin octobre est une source importante du djihad. Au moins 5000 "jeunes hommes âgés entre 14 et 30 ans sont partis faire le djihad en Syrie contre le régime de Assad", selon un militant des droits de l'Homme cité par TV5 Monde . Un chiffre non-négligeable pour ce pays de 11 millions d'habitants.

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Dimanche, il se pourrait même que les laïcs de Nidaa Tounes, représentés par Béji Caïd Essebsi, l'emportent dès le premier tour face au président sortant Moncef Marzouki, selon El-Watan . Pour la suite, Beligh Nabli n'écarte pas l'hypothèse d'un gouvernement d'union avec Ennahda : "Vu les défis qui attendent le prochain gouvernement, comme l'augmentation des impôts et la réduction du déficit public, cela aurait des avantages".