Meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi

Procès Khashoggi : le dossier renvoyé en Arabie saoudite, sa fiancée fait appel

Annick Berger
Publié le 7 avril 2022 à 16h24
La veuve de Jamal Khashoggi dévoile un portrait du journaliste à Washington pour les trois ans de sa mort.

La veuve de Jamal Khashoggi dévoile un portrait du journaliste à Washington pour les trois ans de sa mort.

Source : Nicholas Kamm / AFP

Le journaliste saoudien a été assassiné en octobre 2018 à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul.
La justice turque a annoncé, jeudi, qu'elle renvoyait le dossier à l’Arabie saoudite.
Sa fiancée Hatice Cengiz a annoncé qu’elle allait faire appel de cette décision.

La décision était attendue. La justice turque a annoncé, jeudi 7 avril, qu’elle allait renvoyer à l’Arabie saoudite le dossier du meurtre de Jamal Khashoggi. Le journaliste saoudien avait été assassiné en octobre 2018 dans les locaux du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. "Nous avons décidé de transférer le dossier à l’Arabie saoudite", a déclaré le juge du tribunal d'Istanbul, où se tenait depuis juillet 2020 le procès par contumace de 26 accusés saoudiens.

Une décision qui a provoqué la fureur de sa fiancée, Hatice Cengiz. Dans une déclaration à la presse, à la sortie de l’audience, elle a annoncé qu’elle allait faire appel du renvoi du dossier. "Nous ne sommes pas gouvernés ici par une famille, comme en Arabie Saoudite. Nous avons un système judiciaire qui répond aux doléances des citoyens : à ce titre, nous allons faire appel", a-t-elle affirmé dans son allocution relayée par l’AFP avant d’accuser le procureur turc de satisfaire "les demandes saoudiennes"

Une "violation de la souveraineté turque"

Hatice Cengiz a estimé que "les autorités [saoudiennes, ndlr] ne feront rien. Comment peut-on imaginer que les assassins vont enquêter sur eux-mêmes ?" L’un de ses avocats à quant à lui dénoncé une décision qui "va à l’encontre de la loi" et "constitue une violation de la souveraineté turque". 

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Ce renvoi a également été vivement critiqué par les organisations de défense des droits. Reporters sans frontière (RSF) s’est dit "profondément choqué" par cette décision. Le représentant de l’organisation en Turquie, Erol Önderoğlu, a ainsi estimé que "les espoirs de justice sont balayés dans cette affaire".  De son côté, la représentante d'Amnesty International en Turquie, Milena Büyüm, a fustigé un transfert accepté "comme ça, en une phrase, sans même (prévenir) les avocats du rejet de leurs requêtes".

Jamal Khashoggi, collaborateur du Washington Post et critique du régime saoudien, a été assassiné le 2 octobre 2018 et son corps démembré à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul où il venait demander un document nécessaire à son mariage, selon la Turquie. Ses restes n’ont jamais été retrouvés. 

Un assassinat "validé" par MBS

Si Ankara avait promis de "tout faire" pour élucider ce meurtre "politique" et "prémédité", le pouvoir turc se retrouve confronté à une crise économique profonde et cherche à se rapprocher, depuis plusieurs mois, de l’Arabie saoudite. Une politique qui pourrait expliquer la décision rendue par la justice turque ce jeudi. 

Selon un rapport des services de renseignement américains, le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane (MBS), aurait "validé" l’assassinat du journaliste, exécuté par un commando d’agents venus d’Arabie saoudite. Après avoir nié le meurtre, Riyad avait fini par dire qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls. 


Annick Berger

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