Dans une vidéo en "caméra cachée", un homme présenté comme un employé de Pfizer décrit la stratégie du laboratoire.
Selon lui, Pfizer songerait à muter le coronavirus lui-même pour créer préventivement de nouveaux vaccins.
Si l’identité de l’homme est introuvable en ligne, la firme pharmaceutique a démenti mener de telles opérations.

Cumulant les 26 millions de vues sur Twitter, cette vidéo serait une véritable "bombe médiatique". Publiée le 26 janvier, la séquence de dix minutes montre un homme attablé dans un café en grande discussion, filmé en douce. Présenté comme "Jordon Trishton Walker, directeur de la recherche et du développement de Pfizer - Opérations stratégiques et planification scientifique de l'ARNm", l’homme parle de la stratégie vaccinale du laboratoire Pfizer à propos du covid-19. Et, sur le ton de la confidence, il explique que la firme réfléchirait à faire muter le coronavirus elle-même pour "créer de manière préventive des nouveaux vaccins".

La scène est montée, elle est composée de plusieurs angles de vues et est notamment coupée par une interview de Robert W. Malone, souvent présenté comme l’inventeur du vaccin à ARNm, mais devenu un personnage scientifique controversé. Voici ce que l’on sait de cette séquence, qui a été partagée en masse, de France Soir à Fox News, et qui agite les sphères complotistes, mais dont on peut douter. 

JT Walker, un profil de médecin... introuvable en ligne

Penchons-nous d’abord sur l’homme visible à l’écran. Dans une seconde vidéo diffusée par Project Veritas, il réalise avoir été filmé et, très en colère, explique avoir menti à l’occasion de ce rendez-vous galant au cours duquel lequel il tentait "d’impressionner une personne pendant un date". L’homme lui faisant face ici n’est autre que James OKeefell, fondateur de Project Veritas. La vidéo est là aussi coupée et montée. L’homme serait donc un salarié de Pfizer. Mais son identité en ligne est quasi intraçable, avec un compte Linkedin qui le renvoie bien à des fonctions de directeur au sein du groupe américain mais qui est inaccessible. Des captures écran, censées montrer son dernier post sur le réseau professionnel, ont été partagées sur Facebook mais celles-ci semblent avoir été retouchées, d’après l’outil Forensic. 

Son nom est cependant mentionné dans quatre études scientifiques publiées en préprint (avant d'être validées par ses pairs) par la National Library of Medicine (NIH). Toutes sont consacrées à la biopsie de la prostate et datent de 2016 à 2019. On y apprend qu’à cette période, Jordon Trishton Walker officiait au département d’urologie d’un hôpital de Dallas, au Texas. Puis, en 2020, l’homme a travaillé pour le Boston Consulting Group, d’après une publication datant de cette année-là sur les traitements pour le covid-19.

Le compte Linkedin de Jordon T Walker n'est plus accessible en ligne
Le compte Linkedin de Jordon T Walker n'est plus accessible en ligne - capture écran / Linkedin

Si son profil peut correspondre à un poste de cadre chez Pfizer, aucune preuve n’a été apportée à ce stade. Sollicité à plusieurs reprises, le laboratoire ne nous a pas répondu à ce sujet. 

En revanche, concernant les travaux évoqués dans la vidéo, il renvoie à son communiqué, publié le 27 janvier dans lequel il dément toute opération de mutation du coronavirus, plus connue scientifiquement comme un "gain de fonction". "Dans le développement en cours du vaccin Pfizer-BioNTech COVID-19, Pfizer n'a pas mené de recherche sur le gain de fonction ou l'évolution dirigée", réfute le groupe pharmaceutique qui indique avoir "mené des recherches où le virus SARS-CoV-2 original a été utilisé pour exprimer la protéine de pointe à partir de nouvelles variantes préoccupantes" à chaque fois qu’un nouveau variant du virus a été découvert. 

La vidéo diffusée sur les réseaux sociaux ne peut rien prouver en étant publiée telle quelle. En effet, elle fait l’objet d’un montage, ne retranscrivant pas nécessairement des propos tenus dans leur contexte d’origine.

Qui est l'auteur de la vidéo ?

Enfin, Project Veritas n’est pas considéré comme une organisation fiable. S’il se décrit comme un média, le collectif est avant tout une chaîne YouTube américaine fondée en 2008 par James O'Keefe. Et qui "a diffusé à plusieurs reprises des contenus trompeurs et constitue une source de référence pour de nombreux sites et blogs complotistes", comme le rappelle Conspiracy Watch.

Le collectif d’extrême droite est en fait une habituée des vidéos filmées en caméra cachée. En octobre 2021, il a publié une séquence, là aussi censée décrire des confidences obtenues d’employés de Pfizer… qui ne révélaient en réalité aucun secret d’affaires. Proche des sphères trumpistes, Project Veritas est également connu des Américains pour avoir infiltré en 2016 l’équipe d’Hillary Clinton dans le but de piéger les membres de sa campagne. 

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Caroline QUEVRAIN

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